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Pourquoi la charte ne convient pas à l’UdeM

Cette semaine, je donnais une entrevue sur la position de l’Université de Montréal sur le projet de loi 60, connu par tous comme le projet de charte de la laïcité. L’Assemblée universitaire s’est penchée sur la question cette semaine et nous avons convenu que ce projet de charte ne répond pas aux besoins de notre université. Du même coup, les membres de notre assemblée ont tenu à réaffirmer l’infaillibilité des principes de laïcité, de neutralité de l’État et d’égalité entre les hommes et les femmes. Des principes, du reste, qui sont déjà coulés dans le ciment législatif de notre société.

J’insiste sur un point : l’UdeM ne s’est pas prononcée en faveur ou en défaveur du projet de charte comme projet de société pour le Québec. Mais nous affirmons que, dans la version proposée, ce projet n’est tout simplement pas adapté à la réalité de notre communauté universitaire.

L’UdeM est fréquentée par des gens de partout dans le monde et le port de signes religieux ne cause aucun problème. Au cours des 20 dernières années, la Direction des ressources humaines n’a reçu aucun grief à cet effet. Les quelques cas isolés venus à l’attention de l’ombudsman ont été réglés par des mécanismes internes. La diversité est l’une des richesses de notre campus et cette richesse, nous la gérons adéquatement avec les outils déjà à notre disposition.

Je suis médecin et jamais je ne prescrirais un traitement à un patient qui n’est pas malade. Administrer un médicament à un patient en santé pourrait même lui causer du tort. À l’UdeM, de nombreux étudiants des cycles supérieurs sont aussi des employés. Quel message enverrions-nous à des étudiantes qui pourraient porter le voile en classe ou à la bibliothèque, mais qui devraient le retirer dans le bureau où elles corrigent des copies ou font de la recherche? Quelle image projetterions-nous si nous demandions à un professeur invité de retirer sa kippa avant d’entrer en classe?

Certains accusent les universités d’invoquer la liberté ou l’autonomie universitaire dans l’intention de se soustraire à une éventuelle loi sur la laïcité. Rien n’est plus faux. Personne n’est au-dessus des lois, et certainement pas les universités, où l’on enseigne la règle de droit et forme les futurs magistrats. Si le législateur devait adopter la loi telle qu’elle est formulée dans le projet 60, il va de soi que l’Université de Montréal l’appliquerait. 

Ce qui ne nous dispense pas de réfléchir maintenant aux défis que poserait son application en milieu universitaire. Ni de mettre en garde le législateur contre les contraintes qu’elle exercerait sur la liberté universitaire. Car la liberté universitaire inclut la liberté d’expression et la liberté de religion, ici au Québec comme dans toutes les universités de par le monde.

Et contrairement à ce que plusieurs laissent entendre, la liberté de religion ne signifie pas forcément zèle religieux. Dans une lettre ouverte aux médias, des professeurs de notre Faculté de droit sont intervenus de manière très posée pour rappeler que le port de signes religieux ne saurait être assimilé à une forme de prosélytisme. En clair, une professeure qui porte le voile ne peut être confondue avec un imam – fût-il en jeans! Celui-ci veut convertir, celle-là ne fait que manifester sa foi. Et manifester sa foi demeure un droit fondamental dans notre société – un droit qui est aussi une composante de la liberté universitaire. C’est une nuance, mais une nuance importante dans un débat qui, malheureusement, laisse de moins en moins place aux subtilités de l’argumentation.

Le projet de charte sera débattu en commission parlementaire et nous comptons bien présenter un mémoire.  Je pense par ailleurs que l’UdeM pourrait apporter une solide contribution à l’exercice auquel se livre en ce moment le gouvernement. Plusieurs de nos professeurs ont développé une expertise dans les questions liées à la gestion de la diversité et au pluralisme, et je suis persuadé que certains d’entre eux seraient heureux de mettre cette expertise au service de la chose publique.