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Parlons financement!

Dans l’entrevue que je lui ai accordée, et dont il rapporte les propos ce samedi, le chroniqueur Francis Vailles avance que les chiffres sur lesquels je m’appuie pour conclure au sous-financement des universités québécoises sont « erronés ».

Mes chiffres ne sont pas erronés. Simplement, il y eu une erreur d’étiquetage des données. En tenant compte des étudiants à temps partiel, comme le fait M. Vailles, le dénominateur change, c’est vrai, mais il change en même temps pour toutes les provinces. Et l’écart reste important pour le Québec : près de 4000 $ de moins par étudiant que la moyenne canadienne.

Comme je suis bon joueur, j’ai moi-même fait la correction dans mon billet, en rouge comme le fait un professeur en corrigeant une copie : vous trouverez ci-dessous les chiffres révisés*. D’ailleurs, tous ces chiffres ont pour année de référence 2012. Or, depuis cette triste année, on évalue les coupes imposées par Québec au réseau universitaire à 300 M$, ce qui représente environ 1 300 $ par étudiant.

Dernier argument de M. Vailles : si on compare le Québec à l’Ontario, on est kif-kif. Je dois dire que les deux bras me sont tombés en lisant cela. Comment peut-on passer d’une comparaison interprovinciale, qui amalgame pour toutes les provinces tous les fonds (fonctionnement, recherche, immobilisation), à une comparaison qui se limite aux fonds de fonctionnement de deux provinces seulement? Comme changement d’échelle, c’est assez spectaculaire et comme résultat, tout aussi peu convaincant.

En statistiques, il faut 1) comparer des pommes avec des pommes et 2) prendre en compte toutes les pommes de l’échantillon. M. Vailles, tout comme le ministère de l’Éducation, ne fait ni l’un ni l’autre. Pourtant, le Conseil des universités ontariennes, qu’il cite à l’appui de sa démonstration, a lui-même mis en garde contre toute comparaison de province à province. Si on veut coller à la réalité, il faut prendre la moyenne nationale : c’est la seule façon d’aplanir les différences comptables qui peuvent exister d’une province à l’autre.

Vous aurez compris que, si j’ai pris la peine de contacter M. Vailles la semaine dernière, c’est bien pour défendre notre université, en réaction à la première de ses chroniques intitulée « Nos universités sont-elles inefficaces? ». À cette question, je réponds franchement : non. Et doublement non pour l’Université de Montréal, une université qui se démarque dans les classements internationaux en dépit d’un manque criant de ressources.

J’ai déjà démontré dans ce carnet que, quelles que soient les sources consultées, on est forcé de conclure au sous-financement universitaire québécois. Ce qui ne nous empêche pas de chercher à améliorer nos façons de faire.

Mais ce combat, il ne m’appartient pas en propre, c’est celui de toute la communauté universitaire. Au cours des prochaines semaines, je poursuivrai les rencontres avec les acteurs de tous les secteurs de notre communauté pour nous porter à la défense de notre Université.

* Correctif :  http://recteur.umontreal.ca/carnet-du-recteur/article/a-ce-prix-la/

La Saskatchewan, la première, présente sa soumission : 18 423 20660$ par étudiant par année. « C’est le revenu moyen par étudiant que nous avons recueilli l’an dernier, et c’est en gros ce que nous dépensons pour former un diplômé. Vous ne trouverez pas mieux sur le marché. » Erreur. L’Ontario, toujours proche d’Ottawa, sait quand il faut couper les prix : pour 15 096 17043 $ par étudiant, la province de Kathleen Wynne s’engage à former tous les étudiants du pays, avec un sceau de qualité inégalée. Arrive le Manitoba : 13 365 16354 $! Presque 3000 $ de moins que la moyenne nationale! À ce prix-là, pense le fédéral, c’est donné.

Mais c’était sans compter le Québec. À 11 859 15350$ par étudiant, c’est bien simple : la Belle Province tue la concurrence. Évidemment, à Ottawa, on doute : êtes-vous bien sûr qu’à ce prix-là, vous pouvez former nos jeunes selon les mêmes standards que les autres provinces? Réponse de Québec : « Jusqu’à présent, personne n’a remis en question ni la qualité de la formation que nous offrons, ni la valeur de nos diplômes sur le marché du travail. » Mais vos professeurs doivent enseigner dans des classes bondées, non?  « Le nombre d’étudiants par professeur est plus faible ici qu’ailleurs au pays. » Alors, vos universités doivent être déficitaires. « Sur ce point, il est vrai que c’est un peu difficile… »