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Carnet du recteur

Le Carnet du recteur, c’est ma façon de parler autrement de l’université, de jeter un regard curieux sur ce qui se fait ailleurs dans le monde et de contribuer au débat public sur l’enseignement supérieur au Québec.

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Au lendemain d’un débat où pas une fois le mot « université » n’a été prononcé par aucun des quatre chefs de parti, je reproduis ici la lettre d’opinion que je signe aujourd’hui dans La Presse +. 
L’avancement du savoir est au cœur du budget présenté hier par le gouvernement canadien.
Ce matin, une lettre d’opinion a été publiée dans trois quotidiens québécois, co-signée par la rectrice de l’Université Laval, Sophie D’Amours, la principale de l’Université McGill, Suzanne Fortier, et moi-même. Ensemble, nous souhaitions attirer l’attention sur la mission de recherche des universités, à titre de dirigeants des trois universités québécoises membres du U15, le regroupement des quinze grandes universités de recherche du Canada.
Si vous pensez que, pour trouver une formule équitable de financement du système d’enseignement supérieur, il faut avoir les idées claires sur les bénéfices respectifs d’une formation universitaire pour la société ET pour l’individu, je vous invite à vous rendre au bout de ce billet.
L’éducation est un des piliers de notre société. Pourtant, au fil des ans, nous avons laissé collectivement nos établissements se dégrader. Ce déclin me préoccupe au plus haut point. Au début, rien n’y paraît. Comme pour les viaducs, les fissures ne sont pas tout de suite visibles. Mais après dix ou quinze ans, les dommages sont indéniables.
La journée d’hier a été riche en émotions pour toute personne qui s’intéresse à la science au Canada. En matinée, les médias révélaient que l’Observatoire astronomique du Mont-Mégantic, un laboratoire de recherche de l’Université de Montréal et de l’Université Laval, devrait fermer ses portes le 1er avril, faute de financement de la part du gouvernement du Canada.
Monsieur le Premier Ministre, je vous écris pour vous demander de considérer le financement public des universités québécoises comme un investissement essentiel à l’avenir de notre société et non comme une dépense compressible à court terme.
Récemment, on m’a invité à clôturer un colloque international sur la persévérance scolaire. Je devais m’adresser à ce groupe d’experts tout juste avant notre ministre de l’Éducation, Monsieur Yves Bolduc.
Dans l’entrevue que je lui ai accordée, et dont il rapporte les propos ce samedi, le chroniqueur Francis Vailles avance que les chiffres sur lesquels je m’appuie pour conclure au sous-financement des universités québécoises sont « erronés ».
Plusieurs personnes remettent en question le sous-financement des universités québécoises. Et pour étayer leur propos, tous référent à la même source : le « Bulletin no 40 » diffusé en 2011 par le ministère de l’Éducation. Le même bulletin que Francis Vailles citait, dans La Presse de samedi, pour questionner l’efficacité de nos universités.
Une fois n’est pas coutume, faisons un peu de politique-fiction. Imaginons un instant que le Canada cherche à réduire les coûts de la formation universitaire à l’échelle du pays et que pour ce faire, le gouvernement fédéral lance un appel d’offre aux provinces, dont l’éducation est, faut-il le rappeler, un champ de compétences.
Encore une fois cette semaine, les médias ont rapporté des rumeurs de compressions dans les universités. Ces compressions s’ajouteraient aux précédentes et nous arrivent à mi-parcours de l’exercice budgétaire. Ce n’est pas la première fois que l’État nous demande de retourner à notre calculette en cours d’année. En trois ans, l’Université de Montréal a produit sept budgets, chaque fois pour s’adapter à de nouvelles règles de financement. Ça use, comme on dit.
Pendant la campagne électorale du printemps dernier, les recteurs et principaux d’universités québécoises avaient fait paraître dans les pages de ce journal un encart déplorant le peu de place accordé à l’enseignement supérieur dans le débat. Nous avions rappelé par la même occasion que les universités des autres provinces disposent en moyenne de 15 800 $ par année pour former un étudiant, alors qu’au Québec, les universités doivent se contenter de 10 850 $ pour accomplir la même mission. Un écart de 30 %!
L’enseignement universitaire est un enjeu crucial pour l’avenir du Québec. Un enjeu dont, bien étrangement, aucun parti ne parlait vraiment dans la campagne électorale avant que mes collègues recteurs des autres universités et moi-même ayons, par médias interposés , saisi les chefs des différents partis politiques de la question du financement de nos établissements. Nous avons demandé aux chefs des partis de s’engager à accorder d’ici 2020 aux universités québécoises un financement équivalent à la moyenne canadienne, quelles que soient les sources de revenus.
Le monde universitaire français a de longue date été une inspiration pour nous. Or, ce modèle est en pleine mutation en ce moment, comme l’est d’ailleurs la société française.