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Carnet du recteur

Le Carnet du recteur, c’est ma façon de parler autrement de l’université, de jeter un regard curieux sur ce qui se fait ailleurs dans le monde et de contribuer au débat public sur l’enseignement supérieur au Québec.

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Pour une université, la collation des grades des docteurs est l’un des moments forts de l’année. Pour un pays aussi. C’est le début d’une migration toute particulière, celle du talent.
La réponse : des enfants diplômés! Non seulement 9 parents sur 10 nourrissent des ambitions universitaires pour leur progéniture, mais 62 % d’entre eux envisagent pour elle une maîtrise ou un doctorat. C’est ce que nous apprend une récente étude d’Ipsos réalisée à la demande de la Banque HSBC. Ce sondage a été mené auprès de 4 592 parents dans 15 pays. C’est là tout son intérêt : il permet de comparer notre vision de l’enseignement supérieur à celle des autres.
Le monde universitaire français a de longue date été une inspiration pour nous. Or, ce modèle est en pleine mutation en ce moment, comme l’est d’ailleurs la société française.
Sur le chemin qui mène au Sommet de l’enseignement supérieur, je remarque une tentative, chez certains participants, de cadrer le débat dans un affrontement entre une conception utilitaire de l’université et communautaire. D’un côté, il y aurait l’université entrepreneuriale, qui ne cherche qu’à former les futurs travailleurs. De l’autre, il y aurait l’université désintéressée et libre, qui forme des citoyens allumés et place la recherche du bien commun au centre de son idéal. Et bien entendu, ceux qui campent les positions en ces termes caricaturaux en profitent pour coller une étiquette négative à la conception utilitaire en l’associant à cet épouvantail qu’est la « marchandisation du savoir ».
Nos sociétés souffrent actuellement d’un manque de travailleurs qualifiés, et ce, même si la fréquentation des établissements d’enseignement supérieur n’a jamais été aussi élevée. C’est l’un des paradoxes de notre époque. Une vaste étude internationale du cabinet McKinsey révélait récemment que seulement 43 % des employeurs interrogés indiquent être en mesure de trouver les gens ayant les compétences dont ils ont besoin sur le marché du travail. À l’autre bout de la chaîne, la moitié des diplômés n’étaient pas convaincus que leur formation postsecondaire améliorait leurs chances de trouver un emploi.
« Les cerveaux doivent correspondre aux besoins des entreprises ». Dieu sait si l’on m’a reproché cette affirmation ! Plusieurs y ont vu l’expression finie de l’inféodation de l’université au secteur privé et m’ont accusé d’être le chantre de la marchandisation du savoir. J’ai déjà eu l’occasion de m’expliquer ailleurs à ce sujet. Je ne veux pas revenir sur les mots, souvent cités hors contexte, mais bien sur la réalité qu’ils recouvrent : les liens entre le savoir et l’emploi.