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Carnet du recteur

Le Carnet du recteur, c’est ma façon de parler autrement de l’université, de jeter un regard curieux sur ce qui se fait ailleurs dans le monde et de contribuer au débat public sur l’enseignement supérieur au Québec.

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La période d’admission à l’université pour les étudiants des cégeps se termine aujourd’hui pour la majorité des programmes. Chaque année, des dizaines de milliers de diplômés du collégial, de Rouyn-Noranda à Gaspé, font le choix de poursuivre leurs études supérieures à l’UdeM. Tous les accents du Québec résonnent sur le flanc nord du mont Royal.
Pour une idée qui, en 50 ans, n’a jamais été vraiment débattue, on a beaucoup parlé de modulation des droits de scolarité hier au sommet. Ce scénario, que j’ai défendu au cours des dernières années, a finalement été rejeté. Le gouvernement a fait son lit et privilégie plutôt une indexation à 3 %. Même si, selon un sondage CROP – La Presse d’hier, 62 % de la population se dit favorable à une différenciation de la contribution étudiante selon les disciplines assortie d’une modulation du soutien financier aux étudiants qui en ont vraiment besoin.
Chaque année, l’UdeM diplôme plus de 11 000 étudiants dans tous les grands secteurs de l’activité humaine. C’est, et de loin, le principal contingent de diplômés au Québec et pour nous, c’est très certainement la forme la plus concrète de notre contribution au développement de la société québécoise. Le Québec a un besoin criant de personnes qualifiées dans une foule de domaines, que ce soit les soins de santé, l’éducation primaire et secondaire, la fonction publique, les entreprises de toute taille ou encore, la R-D.
Lundi prochain, je serai à la table du Sommet sur l’enseignement supérieur, à l’invitation du gouvernement du Québec. Ce grand rendez-vous public sera un exercice délicat pour chacun des participants et, pour ma part, j’y contribuerai avec énergie pour défendre ma vision de l’enseignement supérieur et de la recherche au bénéfice de tout le Québec.
On l’oublie trop souvent : l’enseignement supérieur au Québec est gratuit à 25 %.
Partout ailleurs en Amérique du Nord, le cursus universitaire de premier cycle est d’une durée de quatre ans. Au Québec, le baccalauréat se fait en trois ans. La dernière année du cégep, qui est gratuite, correspond à la première année des études universitaires ailleurs au Canada et aux États-Unis.
Demain auront lieu les funérailles nationales de Richard Garneau. Comme pour beaucoup de Québécois, le décès d’une des plus belles voix de la radio et de la télévision québécoise me laisse un grand vide.
Sur le chemin qui mène au Sommet de l’enseignement supérieur, je remarque une tentative, chez certains participants, de cadrer le débat dans un affrontement entre une conception utilitaire de l’université et communautaire. D’un côté, il y aurait l’université entrepreneuriale, qui ne cherche qu’à former les futurs travailleurs. De l’autre, il y aurait l’université désintéressée et libre, qui forme des citoyens allumés et place la recherche du bien commun au centre de son idéal. Et bien entendu, ceux qui campent les positions en ces termes caricaturaux en profitent pour coller une étiquette négative à la conception utilitaire en l’associant à cet épouvantail qu’est la « marchandisation du savoir ».
J’ai exposé dans mes billets précédents 1) qu’en Amérique du Nord, il n’y a qu’au Québec où l’on ne module pas les droits d’entrée à l’université; 2) que l’État québécois lui-même – et, donc, les contribuables – module le financement universitaire en fonction du coût des programmes; 3) qu’en dépit de droits de scolarité nettement inférieurs, le Québec a échoué à rendre ses universités accessibles aux jeunes des milieux défavorisés : ces derniers sont deux fois plus nombreux à fréquenter l’université en Ontario, où pourtant les droits de scolarité sont plus du double des droits exigés au Québec.
J’écrivais récemment à nos diplômés que « Montréal est une artiste ». Et que si notre ville est un foyer assez unique de créativité en Amérique du Nord, c’est notamment en raison de l’exceptionnelle concentration d’universités sur son territoire.
L’accessibilité est inscrite dans l’ADN des universités publiques. Et comme toutes les universités sont publiques au Canada – à l’exception de Quest University –, on peut dire que l’accessibilité est une préoccupation commune à l’ensemble des établissements du pays. Elle l’est assurément à l’Université de Montréal, où 27 % des étudiants admis proviennent de quartiers défavorisés.
Sur la question des droits de scolarité, le Québec est atypique, non parce que les droits y sont les plus bas en Amérique du Nord. Le Québec est atypique parce qu’il est le seul État nord-américain – et l’un des rares dans le monde occidental – qui exige les mêmes droits pour tous ses étudiants, quelles que soient la discipline ou l’université.
Un quotidien montréalais rapportait cette semaine que je recommandais la modulation des droits de scolarité comme une piste de solution au sous-financement universitaire. Ce n’est pas la première fois que je me prononce sur cette question, ce ne sera pas la dernière non plus, même si cela me vaut chaque fois une jolie volée de bois vert.
Jeudi et vendredi derniers, j’ai participé à la rencontre thématique sur la gouvernance et les finances des universités. Il s’agissait de l’une des quatre rencontres préliminaires au Sommet sur l’enseignement supérieur, qui aura lieu à la fin février.
Nos sociétés souffrent actuellement d’un manque de travailleurs qualifiés, et ce, même si la fréquentation des établissements d’enseignement supérieur n’a jamais été aussi élevée. C’est l’un des paradoxes de notre époque. Une vaste étude internationale du cabinet McKinsey révélait récemment que seulement 43 % des employeurs interrogés indiquent être en mesure de trouver les gens ayant les compétences dont ils ont besoin sur le marché du travail. À l’autre bout de la chaîne, la moitié des diplômés n’étaient pas convaincus que leur formation postsecondaire améliorait leurs chances de trouver un emploi.
« Les cerveaux doivent correspondre aux besoins des entreprises ». Dieu sait si l’on m’a reproché cette affirmation ! Plusieurs y ont vu l’expression finie de l’inféodation de l’université au secteur privé et m’ont accusé d’être le chantre de la marchandisation du savoir. J’ai déjà eu l’occasion de m’expliquer ailleurs à ce sujet. Je ne veux pas revenir sur les mots, souvent cités hors contexte, mais bien sur la réalité qu’ils recouvrent : les liens entre le savoir et l’emploi.

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