Carnet du recteur

Premièrement, ne pas nuire

21 novembre 2014 09 h 41 | Financement

Monsieur le Premier Ministre,

Je vous écris pour vous demander de considérer le financement public des universités québécoises comme un investissement essentiel à l’avenir de notre société et non comme une dépense compressible à court terme.

Je reformule ma demande dans le langage de la médecine qui nous est familier à tous les deux : de grâce ne prescrivez pas aux universités un remède pire que le mal que vous voulez traiter et qui risque de les affaiblir pour longtemps.

À vouloir mener l’exercice de réduction des dépenses publiques aussi fermement et aussi rapidement, votre gouvernement sème l’incertitude, braque la population et met en péril la capacité de nos organisations publiques à remplir leur mission.

Or, rien ne justifie en ce moment un échéancier aussi serré pour l’atteinte du déficit zéro. En coupant trop et trop rapidement, vous creuserez un autre déficit, éducationnel celui-là, que notre société mettra des décennies à combler. Votre objectif est pourtant de léguer un Québec prospère aux générations qui nous suivent. Pour y parvenir, il faudra des universités en santé.

Instable et précipité

La semaine dernière, les universités apprenaient de leur ministère qu’elles seraient frappées d’une nouvelle vague de compressions. Encore. Depuis trois ans, nous sommes passés d’un consensus sur le besoin de réinvestir en enseignement supérieur à des compressions à répétition. Au dernier décompte, pour l’Université de Montréal, l’ensemble des coupes et des promesses non tenues correspond à plus de 10 % du financement public de notre budget de fonctionnement.

Avec ces compressions, vous confortez les populistes qui ne voient dans nos établissements que des organisations ayant beaucoup de marge de manœuvre. Nos établissements sont, au contraire, remarquablement performants. Ils réussissent à former les citoyens compétents dont le Québec a besoin, selon les standards les plus élevés et malgré les moyens modestes dont ils disposent en comparaison avec leurs homologues canadiens.

Les compressions qui nous sont imposées atteignent la qualité et la quantité des formations, de la recherche et des services que nous pouvons offrir. Elles affectent également notre capacité à jouer notre rôle en matière d’innovation et d’attraction des talents internationaux.

Compressions ne rime pas avec solution

En ce moment, j’ai la pénible impression que le remède est unique, quel que soit le mal : la compression. Pas de celle qu’on applique pour soulager une blessure superficielle mais plutôt celle qu’on applique après amputation.

Asphyxier les universités, c’est détériorer le tissu social. Quand on dévalue nos diplômes, c’est la qualité des services à la population qui est compromise. Quand on retire des moyens aux professeurs, c’est la transmission du savoir qu’on met en péril, et quand on ferme des laboratoires, c’est le potentiel d’innovation qu’on perd.

En somme, c’est la biodiversité de la connaissance qui perd au change. Quand la connaissance n’avance pas, c’est l’ensemble de la société qui subit le recul. Monsieur le Premier Ministre, faites que ce jour-là n’arrive jamais.

 

Dr Guy Breton

Recteur

 

Paru dans La Presse.

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