Carnet du recteur

Les jeunes et la science sous le président Trump

14 novembre 2016 16 h 00 | États-Unis

L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis est un événement fracassant. Depuis, ils sont nombreux, aux États-Unis et à travers le monde, à vouloir comprendre comment s’est jouée la victoire du milliardaire et à essayer d’anticiper la suite des choses.

Les résultats ont révélé une société américaine complexe, zébrée par des divisions entremêlées. Les femmes ont été plutôt démocrates (54 %), les hommes plutôt républicains (53 %); les Blancs ont appuyé Trump à 58 %, tandis que les Noirs, les Hispaniques et les Asiatiques lui ont tourné le dos. Les villes ont été démocrates (59 %), tandis que les zones rurales ont été républicaines (62 %). Les démocrates ont par ailleurs fait le plein des électeurs les plus instruits…

Alors que M. Trump tente de se faire rassembleur, deux aspects en particulier retiennent mon attention comme dirigeant d’université et citoyen d’un pays si intimement lié aux États-Unis.

La place des jeunes d’abord. Mme Clinton (69 ans) et M. Trump (70 ans) ayant le même âge, il était acquis que le prochain président arriverait à la Maison Blanche presque 25 ans plus vieux  que Barack Obama au jour de sa première élection, en 2008. Quelle sera la capacité du nouveau président de relayer les espoirs de la jeunesse? L’âge n’est pas nécessairement un obstacle; Bernie Sanders, avec ses 75 ans, a su rejoindre les jeunes dans la course à l’investiture démocrate. Mais à l’évidence, le président désigné n’a pas eu pareille portée. Alors que le taux de participation a été très faible, autour de 54 %, seulement 37 % des jeunes de 18 à 29 ans ayant exercé leur droit de vote ont appuyé Donald Trump. Il y a là des ponts à rétablir.

Mon autre souci, tout aussi fondamental est la place de la science, des faits, j’oserais dire de la vérité dans le débat politique. Bien sûr, le débat politique et partisan n’est jamais neutre, il repose forcément sur une lecture « orientée » de la situation. Lors de la dernière campagne fédérale au Canada, MM. Trudeau et Harper avaient des discours contrastés, mais tous deux se tenaient à l’intérieur d’un cadre cohérent et relativement rigoureux.

La campagne américaine nous a amenés ailleurs. Tous les sites de validation des données, de « fact checking » (comme www.factcheck.org ou www.politifact.com ) ont fait du candidat républicain un champion de l’affirmation fausse, bien que Mme Clinton n’ait pas été sans tache.  En fait, la vérité factuelle ou scientifique a été si malmenée durant cette campagne qu’on parle de plus en plus d’ère « post-factuelle » ou « post-vérité ». Le phénomène est intimement lié aux réseaux sociaux où n’importe quelle fausseté peut être partagée des milliers de fois et où de savants algorithmes maintiennent les usagers dans un univers conforme à leurs vues.

Il s’agit d’un glissement très inquiétant, surtout à ce moment où nous avons besoin comme jamais de la science, de la recherche et de l’éducation pour relever des défis aussi complexes que les changements climatiques.

On dit qu’une des plus grandes forces de la démocratie, c’est qu’elle est le seul système qui peut s’auto-corriger et s’améliorer. Alors soyons attentifs à la qualité de la discussion démocratique aux États-Unis, mais aussi chez nous et ailleurs dans le monde. Les universités, tout spécialement, ne doivent pas hésiter à jouer leur rôle d’observateur de la société, de promoteur de la science et de défenseur des intérêts de la jeunesse.

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