Carnet du recteur

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La charte et l’autonomie universitaire

7 février 2014 17 h 13 | Autonomie universitaire, L’université, qu’est-ce que c’est ?

Vendredi, je présentais devant la commission parlementaire sur le projet de loi 60 la position de l’Université de Montréal. Une position qui a reçu au préalable l’aval du conseil et de l’assemblée universitaire.

Ce que je disais en substance, c’est qu’il n’y a pas de problème à l’Université dès qu’il est question de gestion de la diversité religieuse et qu’en l’état, le projet de loi ne trouve donc pas sa place dans la réalité de notre université, l’une des plus culturellement diversifiées du Québec. En somme, nous ne percevons pas la nécessité d’une telle loi puisque la diversité religieuse n’est pas une source de tension à l’Université de Montréal.

J’ajoutais que plusieurs membres de notre communauté, et en particulier nos professeurs, percevaient dans le projet du gouvernement un risque sérieux d’entrave à la liberté académique, qui est le socle de l’institution universitaire dans tous les pays démocratiques.

Qu’est-ce que la liberté universitaire? Ce n’est évidemment pas la liberté de se soustraire aux lois : toutes les universités respectent les lois en démocratie. La liberté universitaire, c’est un concept que les établissements se sont donné il y a longtemps pour garantir à leurs professeurs l’espace nécessaire pour faire ce qu’ils font de mieux : faire avancer le savoir.

Comme recteur, mon travail est de m’assurer que l’Université de Montréal puisse recruter le meilleur chimiste, le meilleur historien, le meilleur professeur de piano, qu’il soit un homme ou une femme, un souverainiste ou un fédéraliste, et oui, un chrétien, un musulman ou un juif.

Si l’article 5 avait été appliqué dans les années 40, notre Université aurait dû retourner à sa congrégation le frère Marie-Victorin. Et c’est toute une génération de biologistes qu’on aurait ainsi privé de l’enseignement d’un homme que beaucoup considèrent comme le scientifique québécois le plus important du XXe siècle. J’avoue qu’une telle perspective me donne le vertige.

Pendant mon exposé devant la commission, j’ai comparé l’intervention de l’État dans les affaires universitaires à l’arbitraire des nominations sous le régime franquiste : on avait à l’époque l’habitude d’écarter les recteurs qui ne faisaient pas l’affaire. Certains en ont conclu que je comparais notre démocratie au franquisme.

Ce n’était bien entendu nullement mon intention. Je ne parlais pas de notre gouvernement, je parlais des risques que l’intervention directe de l’État fait peser sur la mission universitaire – et, partant, sur le développement d’une société. La nuance est subtile, mais elle est d’importance.

Benjamin Constant a déjà dit : Que les gouvernements se bornent à être justes, nous nous chargerons d’être heureux. J’ajouterais : et les universités se chargeront de faire avancer la connaissance. C’est tout ce que nous demandons à nos gouvernants.

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