Pour un complexe universitaire de calibre mondial

Mémoire de l'Université de Montréal au Ministère de l'Éducation

Septembre 1999

Sommaire

  1. L'Université de Montréal et l'avenir du Québec
  2. L'Université de Montréal: un profil de développement spécifique
  3. La norme québécoise de réinvestissement
  4. L'Université de Montréal: le niveau de réinvestissement
  5. L'Université de Montréal refinancée
  6. La formule de subvention gouvernementale révisée et ajustée
  7. Conclusion

Annexe 1: Définitions relatives au tableau 1

Annexe 2: Notes méthodologiques relatives au tableau 3

Annexe 3: Indexation du manque à gagner de l'Université de Montréal et de ses écoles affiliées par rapport à l'Université de Toronto

Annexe 4: Partage du manque à gagner entre l'Université de Montréal, l'École des Hautes Études Commerciales et l'École Polytechnique

Annexe 5: Proposition d'une formule amendée d'ajustement de la subvention du M.E.Q. en fonction des variations de l'effectif étudiant

En vue de définir une politique universitaire et d'arrêter un plan de réinvestissement majeur, le ministre de l'Éducation, Monsieur François Legault, a invité chaque université québécoise à lui soumettre un mémoire précisant ses projets, ses besoins et ses propositions de révision de la formule de financement. L'Université de Montréal accueille cette invitation comme l'occasion de voir confirmer par le gouvernement son rôle, ses objectifs et les modes de réinvestissement qui lui permettront de répondre aux aspirations de la société québécoise.

1. L'Université de Montréal et l'avenir du Québec

À ce tournant de son histoire, le Québec doit miser sur son ouverture au monde. C'est là un impératif incontournable pour une société dont l'économie dépend d'une expansion croissante à l'échelle nord-américaine et mondiale. À cette fin, le Québec doit consolider les compétences spécialisées dont il dispose et développer celles dont il aura besoin. Ces compétences reposent sur l'accès à des connaissances de pointe en progrès constant dans une ample gamme de domaines. Le marché de la connaissance est d'emblée international : il implique donc que la société québécoise, soucieuse de l'avenir, se dote des concentrations de ressources requises pour s'assurer une position concurrentielle au sein de la société internationale du savoir.

Le Québec possède des atouts majeurs. Sa spécificité culturelle de société multiethnique, possédant le français comme langue officielle et intégrée au vaste ensemble nord-américain, lui confère une capacité de rayonnement international de premier ordre. L'avenir du Québec a partie liée avec l'essor de Montréal et de sa grande région, où sont concentrées la moitié de sa population et la part la plus substantielle de ses ressources de développement culturel, social et économique. L'épanouissement de la population québécoise suppose l'intégration des communautés qui y cohabitent, à la société du savoir que nous constituons déjà et qu'il s'agit désormais de consolider. L'enrichissement collectif du Québec requiert en outre que les ressources de formation et de recherche de la région montréalaise atteignent le niveau de concentration et d'excellence requis pour asseoir durablement sa position concurrentielle tant au plan nord-américain qu'international.

Les grandes universités de recherche sont des vecteurs essentiels de la société du savoir. Elles bénéficient d'un soutien particulier de la part des pouvoirs publics, qui les considèrent comme des agents indispensables de progrès et de promotion de l'excellence. Or, parmi ces universités, on assiste désormais à la concentration des ressources au profit d'un nombre limité d'institutions qui intensifient leurs missions de formation spécialisée et de recherche dans une perspective de rayonnement international.

La société québécoise, consciente de cet enjeu stratégique, a investi pour faire de l'Université de Montréal et de ses écoles affiliées, un instrument majeur de son développement. Outre le génie et l'administration assumés par l'École Polytechnique et l'École des Hautes Études Commerciales, l'Université de Montréal s'est affirmée comme université à vocation générale et professionnelle, engagée dans une grande diversité de programmes en sciences humaines, en sciences sociales, dans les arts et les lettres, en sciences naturelles et dans le plus large éventail de disciplines des sciences de la santé au Canada. Elle est active aux trois cycles dans tous ces secteurs et elle détient des fonds de recherche qui la classent aux premiers rangs des universités de recherche canadiennes et parmi les grandes universités publiques de recherche nord-américaines. Menacée aujourd'hui de régression par insuffisance notoire de ressources, elle continue de figurer dans le peloton de tête des universités canadiennes, en raison de la variété et de la qualité de ses programmes d'études, de l'engagement de son corps professoral, des clientèles étudiantes qu'elle accueille et mène à la diplomation, et de l'intensité de ses activités de recherche.

Toutes les grandes universités de recherche canadiennes s'efforcent actuellement de se rapprocher des normes de ressources, d'activités et de rendement de leurs homologues américaines, et de combler le retard relatif qu'elles accusent. Parmi ces universités, l'Université de Toronto se détache nettement : elle entend être le pôle de concentration de l'excellence académique à l'échelle du Canada.

Par sa localisation et la variété de ses programmes, l'Université de Montréal avec ses écoles affiliées est l'université de langue française la plus ouverte aux diverses communautés composant la société québécoise. Elle peut constituer au Québec un pôle de concentration et d'excellence analogue à celui que constitue l'Université de Toronto pour l'ensemble canadien. Il s'agit là d'un enjeu national. Avec l'École Polytechnique et l'École des Hautes Études Commerciales, l'Université de Montréal refinancée doit en effet pouvoir s'inscrire dans la courte liste des universités du monde qui exercent un rôle déterminant dans la transmission et le développement des savoirs, dans le maintien et l'enrichissement des arts, des lettres et de la culture universelle, et dans l'innovation sociale, culturelle et technologique. Seuls, un niveau de financement adéquat, une formule et des modes de subvention différenciés permettront à l'Université de soutenir adéquatement la comparaison et d'occuper une position de tête par rapport à ses principales concurrentes hors Québec, en termes de ressources, d'effectifs professoraux et étudiants, de programmes d'études et d'activités de recherche. À défaut d'obtenir le soutien requis de la part du gouvernement, l'Université de Montréal avec ses écoles affiliées ne saurait relever le défi que lui imposent la volonté historique de la société québécoise, ses réalisations antérieures et son potentiel de développement : cette incapacité hypothéquerait lourdement l'avenir de la société québécoise.

2. L'Université de Montréal : un profil de développement spécifique

Atout majeur pour l'avenir du Québec, l'Université de Montréal doit intensifier et transformer ses activités afin de mieux répondre aux besoins de la société québécoise. Elle entend donc concentrer ses ressources autour des axes de spécificité et d'excellence de ses divers secteurs et elle compte s'appuyer à cette fin sur l'évaluation systématique de ses unités d'enseignement et de recherche. Elle vise à harmoniser son développement avec celui de ses écoles affiliées afin d'accroître les synergies entre les composantes du principal complexe universitaire québécois. L'Université de Montréal poursuit en outre plusieurs partenariats d'enseignement et de recherche avec d'autres universités québécoises, particulièrement dans la région montréalaise : elle s'engage à intensifier ces collaborations qui ajoutent à la valeur de ses programmes. Enfin, elle ne saurait envisager d'investir de ressources dans des domaines où elle est peu présente et où d'autres institutions assurent un niveau approprié d'activités.

L'enseignement de premier cycle

Avec plus de 26 000 étudiants au premier cycle, inscrits à près de 55 % dans des programmes professionnels et de 45 % dans des programmes généraux, l'Université de Montréal est un acteur majeur de développement social, économique et culturel; sans elle, le Québec se trouverait privé d'une part cruciale de sa relève.

Ses programmes professionnels ont formé et continuent de former, de façon prépondérante, les professionnels exerçant au Québec dans le secteur de la santé. Pour les années 1995, 1996 et 1997, le pourcentage de diplômés de premier cycle de l'Université de Montréal dans l'ensemble du Québec a été de : 30 % en médecine, 100 % en médecine vétérinaire, 55 % en médecine dentaire, 51 % en pharmacie, 60,5 % en sciences infirmières, 100 % en optométrie et 50,2 % pour tout le secteur paramédical.

La qualité de la formation dispensée à l'Université dans ces domaines correspond largement aux normes d'agrément et de reconnaissance qui prévalent en Amérique du Nord et elle est l'objet d'évaluations très positives lorsqu'on la compare à celle des programmes analogues hors Québec. À titre d'exemple, au cours des quatre dernières années, les étudiants du doctorat en médecine ont occupé trois fois le premier rang à l'examen du Conseil médical du Canada, devançant l'ensemble des facultés de médecine canadiennes. Récemment, le comité d'agrément de ce même programme lui a reconnu une très grande qualité, en dépit d'un financement insuffisant. Dans le même temps, la Faculté de médecine vétérinaire, la seule à desservir le Québec et le Canada francophone et l'une des grandes institutions de cette spécialité à l'échelle internationale, recevait une évaluation tout aussi positive de ses programmes, sous réserve d'un indispensable redressement du niveau de ses ressources. Des jugements analogues peuvent être aisément rapportés au sujet de tous les autres programmes de ce vaste secteur.

Le même raisonnement vaut, mutatis mutandis, pour les autres grands secteurs professionnels de l'Université. Ainsi, notre Faculté de droit, la plus importante au Québec, qui a marqué de son empreinte l'ensemble de la vie judiciaire, administrative et politique de notre société, occupe une position d'avant-garde dans le développement des nouvelles expertises que requiert notre devenir collectif, par exemple en droit des affaires et dans les dimensions internationales du droit; elle innove en les intégrant à ses programmes de formation.

Pertinence, innovation, expertise de pointe, adaptation dynamique aux besoins de la société caractérisent tout aussi bien les formations offertes à la Faculté de l'aménagement, à la Faculté des sciences de l'éducation, dans les programmes de criminologie, de service social, de relations industrielles, de communication, de psychologie, de psychoéducation, de traduction, de bibliothéconomie et science de l'information de la Faculté des arts et des sciences, ainsi qu'à la Faculté de musique, principal lieu de formation supérieure dans cet art en langue française. Dans tous ces champs, nos programmes satisfont aux normes les plus exigeantes de reconnaissance professionnelle : ils se situent à l'avant-garde des développements disciplinaires, du progrès des connaissances et du service à la population québécoise.

À ses programmes professionnels, l'Université de Montréal consacre une part considérable de ses ressources humaines et matérielles. Ces secteurs requièrent en effet des effectifs professoraux nombreux et hautement qualifiés, des formules d'encadrement pédagogique onéreuses, des infrastructures de laboratoire, des environnements cliniques, des conditions de stages en milieu de travail, des modes d'apprentissage conformes aux normes nord-américaines de qualité. S'ils se situent à un niveau de qualité comparable à celui qui prévaut dans les grandes universités hors Québec, ces programmes se retrouvent désormais en état d'extrême précarité, faute de ressources suffisantes.

Les coupures budgétaires récentes ont en effet indûment taxé le soutien institutionnel à ces champs d'étude névralgiques. Pour satisfaire aux exigences de reconnaissance et d'agrément professionnels et assurer le niveau attendu de compétence des futurs diplômés dans ces domaines d'investissement lourd, l'Université de Montréal est contrainte à drainer les ressources vitales d'autres secteurs tout aussi importants pour le Québec et pour une grande université de recherche. L'Institution est actuellement à bout de souffle. Elle n'est plus guère en mesure d'offrir désormais ce type de formation au degré requis de qualité et de pertinence sans un apport massif de ressources nouvelles.

En ce qui concerne les programmes de formation fondamentale en sciences, en sciences sociales et en lettres et sciences humaines, c'est une élite de chercheurs, de maîtres et de penseurs qui ont dispensé ces formations à l'Université de Montréal au cours des décennies précédentes. Les diplômés qu'ils ont produits ont assuré la relève universitaire québécoise : sans eux, la recherche tant fondamentale qu'appliquée, n'aurait pas connu l'essor qui conditionne aujourd'hui notre avenir collectif. Ces diplômés ont essaimé dans tous les secteurs de la société pour y investir leurs connaissances et leur savoir-faire et pour y développer, dans un esprit d'ouverture au monde, les contenus et les processus d'une économie du savoir qui transforme le Québec.

Les programmes de sciences à l'Université de Montréal, notamment dans les secteurs expérimentaux lourds : physique, chimie, biochimie et biologie, et dans les secteurs de mathématiques pures et appliquées et d'informatique, représentent un potentiel de formation d'importance stratégique pour le Québec, en raison d'un corps professoral composé de chercheurs de calibre international et couvrant un large éventail d'expertises disciplinaires. Mais, pour entretenir, développer et renouveler ce potentiel, après une période d'attrition majeure, il est nécessaire d'accroître l'effectif enseignant, d'améliorer systématiquement les laboratoires d'enseignement, de se doter des environnements informatiques les plus adaptés aux besoins actuels. Il importe aussi d'y attirer des effectifs étudiants en nombre beaucoup plus considérable et de réviser les programmes en y insérant un encadrement encore plus suivi des étudiants, l'acquisition d'habiletés transférables de haut niveau et l'ouverture à une plus grande créativité.

Les programmes fondamentaux de l'Université de Montréal en sciences sociales et en lettres et sciences humaines requièrent des stratégies particulières de renouveau. Il n'est plus guère possible de tenir leur qualité et leur pertinence pour acquises dans un contexte où toute autre université prétend se développer dans ces secteurs et où la concurrence est vive auprès des clientèles étudiantes. Ces programmes ont été créés et développés par des intellectuels qui ont façonné la culture du Québec contemporain. Ils présentent en général une couverture très large des champs disciplinaires, tout en incluant des spécialités à la pointe du développement des connaissances. Ils s'appuient sur un effectif professoral comptant nombre des meilleurs spécialistes mondiaux dans leurs domaines respectifs. À l'instar des principales universités de recherche auxquelles elle se compare, l'Université de Montréal se doit de maintenir l'ampleur des couvertures disciplinaires dans ces secteurs. Il lui revient cependant de repenser ses champs d'intervention en fonction de l'évolution contemporaine des savoirs et des concentrations de recherche à consolider et à développer afin d'enrichir ses milieux d'enseignement. Enfin, l'Institution entend déployer toutes les ressources requises pour que ses programmes fondamentaux de sciences sociales et de lettres et sciences humaines continuent d'exprimer la qualité internationale des formations que le Québec peut offrir dans ces champs d'étude.

L'Université de Montréal accroîtra l'ouverture de l'ensemble de ses programmes en y intégrant systématiquement l'apprentissage des langues, des cultures et des systèmes de pensée d'un monde où le commerce des idées et des biens connaît de moins en moins de frontières. Elle réorganisera ses enseignements de façon à mieux répondre aux besoins d'analyse, de synthèse et d'exploitation créatrice de l'information suscités par le développement accéléré des nouvelles technologies et à satisfaire à l'obligation d'apprendre et d'adapter ses connaissances tout au long de la vie. Les problèmes que la société québécoise a désormais à résoudre exigent en effet des spécialistes formés à la recherche et possédant les habiletés transférables et les compétences transdisciplinaires que requiert une économie de plus en plus globalisée et concurrentielle.

Pour rehausser la qualité de la formation qu'elle offre dans l'ensemble de ses programmes de premier cycle, pour mieux développer les aptitudes analytiques et créatrices de ses étudiants, l'Université mobilisera au premier cycle une part croissante de ses ressources professorales de haut niveau et de ses ressources d'encadrement, comme cela se fait dans les grandes universités de recherche comparables. Elle améliorera ses environnements d'apprentissage, rénovera ses laboratoires d'enseignement et se dotera des moyens performants de communication et d'information avec lesquels ses diplômés seront appelés à évoluer au cours de leur carrière.

Des échanges avec les milieux de la pratique s'organiseront dans tous les programmes disciplinaires, interdisciplinaires, professionnels et de création, non seulement au moyen de stages, mais par l'implication systématique de professionnels issus de ces milieux.

Intégrant les ressources des technologies informatiques, les bibliothèques de l'Université, adéquatement subventionnées et dotées de collections considérablement enrichies, serviront de centres majeurs de formation et de recherche et donneront accès à toute la diversité des outils et des produits du savoir.

Les études supérieures

Le Québec doit viser à soutenir des lieux d'excellence en formation aux cycles supérieurs. Il ne peut y avoir en effet de programmes de formation valables et justifiés sans milieux d'encadrement où se déroulent des activités de recherche à la fine pointe du savoir et de l'innovation et répondant aux plus hautes normes internationales, celles que l'on retrouve dans les meilleures universités. C'est la conviction de l'Université de Montréal qu'elle est en mesure d'offrir cette formation à ses étudiants inscrits aux cycles supérieurs.

Ce paramètre d'excellence plaide pour une concentration des études supérieures. Avec des ressources financières limitées et une capacité d'encadrement relative à des équipes et groupes de recherche ouvrant sur la scène internationale, peut-on maintenir au Québec autant de programmes aux cycles supérieurs, tout en assurant une qualité à la hauteur des défis de la concurrence internationale? L'enjeu est majeur et ne saurait être éludé, même s'il implique de reconsidérer certaines attributions de programmes selon des critères de performance exigeants.

Soutenue par l'excellence de ses milieux de recherche, l'Université de Montréal détient déjà aux cycles supérieurs une position stratégique. Avec ses écoles affiliées, elle regroupe, en termes d'étudiants inscrits et de diplômés, une fraction majeure de la main-d'ouvre hautement qualifiée présente et future du Québec et elle occupe, par le nombre d'étudiants inscrits aux études supérieures et le nombre de doctorats décernés, une position déterminante à l'échelle du Grand Montréal, du Québec (la première) et du Canada (la deuxième, après Toronto).

L'exploitation de ce potentiel constitue un enjeu d'importance pour la société québécoise, celui d'atteindre des masses critiques regroupant les meilleurs professeurs et les meilleurs étudiants dans le cadre de programmes de qualité internationale. À cette fin, l'Université se Montréal entend continuer de développer ses programmes d'études supérieures en symbiose avec des activités de recherche fondamentale et appliquée en nette croissance. Elle vise par ailleurs à doter son programme de bourses de fonds additionnels qui le hausseront au niveau atteint par ses compétitrices hors Québec.

Afin de soutenir ses secteurs d'excellence, l'Université de Montréal évalue et développe déjà ses programmes selon les normes les plus exigeantes au plan international. Par leur contenu, ces programmes porteront encore davantage la marque de l'internationalisation et de la globalisation des savoirs et des cultures et continueront d'ouvrir aux étudiants de larges horizons en matière de connaissance scientifique, de diversité culturelle et d'information spécialisée. La recherche et la formation impliquent plus que jamais la libre circulation, intense et bidirectionnelle, de la main-d'ouvre, des personnes et des connaissances. Cette composante requiert davantage de ressources et d'appuis administratifs et gouvernementaux, notamment pour accroître les clientèles étrangères et pour inciter nos étudiants à s'insérer en plus grand nombre dans des réseaux internationaux pour une partie importante de leur formation.

La société du savoir que nous voulons constituer, repose sur une expansion considérable des pôles et des centres de production de connaissances et implique une diminution des écarts et des différences entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée ou contextualisée (menée en étroite collaboration avec des partenaires des milieux externes, tant producteurs que consommateurs de connaissances). L'Université doit de ce fait favoriser encore davantage les alliances et les consortiums avec les milieux externes. Une politique ainsi orientée ouvrira aux diplômés universitaires, formés à la pratique de la recherche, un marché d'emploi différencié et pluriel.

L'Université de Montréal entend donc intensifier sa pratique de l'innovation et porter une attention accrue à la dimension coopérative : s'appuyant sur l'importance de la recherche contextualisée, elle développera des programmes d'études supérieures associant les milieux externes, industriels, institutionnels et communautaires à la formation et à l'encadrement des étudiants. Dans ce contexte, la Technopole sciences-génie de l'Université de Montréal et de l'École Polytechnique sera d'un apport essentiel.

Dans une société comme la nôtre, les savoirs et les formations du premier cycle universitaire se généralisent. Du coup, l'accessibilité à l'enseignement supérieur passe de plus en plus par la capacité des institutions universitaires à favoriser l'entrée sur le marché du travail de diplômés des cycles supérieurs. Dans les secteurs professionnels, tant la formation initiale que la formation complémentaire, intègre de plus en plus d'activités d'apprentissage se situant au deuxième cycle. Cette tendance dont plusieurs ordres professionnels et l'Office des professions ont pris acte, incite l'Université à transformer plusieurs de ses programmes dans le sens d'une plus grande adéquation aux besoins professionnels.

L'Université de Montréal doit assumer toutes ses formations de cycles supérieurs dans des environnements de qualité. Cette exigence implique, là encore davantage qu'au premier cycle, des laboratoires et des bibliothèques mieux dotés, des infrastructures et des ressources informatiques renouvelées, y compris pour l'informatisation des contenus d'enseignement. Les investissements requis à cet effet sont tout aussi considérables que stratégiques. Mais surtout, le développement du corps professoral doit accroître la concentration de professeurs-chercheurs de qualité dans les secteurs d'excellence de l'Institution.

La formation continue

Dans ses domaines d'expertise, l'Université de Montréal offre déjà des programmes de formation continue de haut niveau, axés sur les besoins de perfectionnement suscités par la nouvelle économie. Le vaste éventail de certificats offerts par la Faculté de l'éducation permanente donne accès à des programmes thématiques ou spécialisés de formation professionnelle à 8 000 adultes, dont un bon tiers sont engagés dans un processus menant à l'obtention du baccalauréat par cumul de certificats.

L'Université de Montréal contribue depuis longtemps à former une part majeure des cadres et des professionnels du Québec. Vu l'évolution rapide et constante des savoirs et des techniques de pointe, elle doit offrir à ses diplômés qui assument des rôles socio-économiques essentiels, les moyens de mettre à jour leurs connaissances et leurs méthodes de travail. L'Université s'emploiera à satisfaire ce besoin principalement aux cycles supérieurs. Dans cette perspective, elle s'engage de plus en plus dans la production de programmes d'enseignement ou de perfectionnement sur mesure à la demande d'organisations des secteurs public, parapublic, privé ou associatif, programmes qu'elle dispensera soit sur son campus, soit dans des antennes régionales, soit dans les milieux mêmes de travail.

Ces programmes, pertinents dans le contexte de la nouvelle économie et prolongeant des formations professionnelles de haut niveau, requièrent davantage de ressources compétentes d'enseignement et d'encadrement. Ils nécessitent aussi des moyens techniques d'apprentissage et des infrastructures informatiques de pointe, sans compter qu'ils peuvent faire l'objet d'offres de service tant au plan national qu'international.

La recherche

La recherche universitaire est depuis longtemps soumise à une concurrence internationale pour les meilleurs talents et cette concurrence se joue, le cas échéant, autour des infrastructures les plus performantes, à l'avant-front des possibilités technologiques. La dernière décennie n'aura vu qu'une accentuation de ce phénomène.

L'Université de Montréal avec ses écoles affiliées a joué un rôle déterminant dans l'émergence et le développement de la recherche universitaire au Québec et elle a bénéficié à cette fin d'un soutien constant de la part du gouvernement, des organismes subventionnaires et de ses partenaires des secteurs privés et publics. Il s'agit de savoir aujourd'hui si cette institution peut continuer d'assumer, dans un environnement global hautement concurrentiel, le leadership qu'on lui a jusqu'à présent reconnu et quels efforts particuliers de concentration d'expertise et d'investissement de ressources assureront l'actualisation de son potentiel de développement.

L'un des effets sur la recherche universitaire des coupures budgétaires des dernières années aura été de réduire à près de zéro les embauches de nouveaux professeurs et de provoquer le départ vers l'extérieur du Québec de nombre des meilleurs talents que nous ayons formés, les plus aptes à contribuer à l'avancement des connaissances et à réaliser des percées scientifiques marquantes. Pour l'Université de Montréal, cette situation serait catastrophique si elle perdurait, car les frontières nationales sont maintenant totalement ouvertes aux idées et aux talents. Il est donc urgent que le développement de ses secteurs d'excellence en recherche comme en enseignement puisse de nouveau reprendre grâce à l'embauche de candidats rencontrant les critères internationaux.

Il n'existe pas de normes absolues pour juger de la performance d'une université en recherche. Toutefois, on peut certainement se référer à des critères relatifs, telle la performance auprès des grands conseils subventionnaires tant québécois que canadiens. Ainsi, selon les dernières données intégrales, celles de 1997-1998, l'Université de Montréal occupe, au Conseil de recherches médicales du Canada (CRM), la troisième place au Canada avec 9,4 % des subventions attribuées. Au Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG), elle obtient avec l'École Polytechnique la troisième place avec 6,4 % des subventions, alors que plus d'une cinquantaine d'universités canadiennes reçoivent des fonds de cet organisme. Au Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), recueillant 7,3 % des subventions, elle occupe avec l'École des Hautes Études Commerciales la deuxième place, après l'Université de Toronto. Au Fonds FCAR, l'Université de Montréal et ses écoles affiliées s'assurent le premier rang avec 30 % des fonds attribués. La partie de la subvention du ministère de l'Éducation pour les frais indirects de la recherche revenant à l'Université de Montréal est de 36 % pour la recherche biomédicale et de 26 % pour l'ensemble des secteurs (incluant les écoles affiliées). Pour l'heure, les résultats de l'Institution auprès de la Fondation canadienne de l'innovation témoignent d'une performance exceptionnelle qui repose sans l'ombre d'un doute sur la qualité des équipes et des groupes de recherche. Au récent concours, l'Université de Montréal avec ses écoles affiliées a en effet obtenu 8,6 % des fonds attribués pour tout le Canada, occupant le deuxième rang derrière l'Université de Toronto, qui a toutefois reçu 20 % des fonds, et elle détient plus de 29 % des fonds attribués à des universités québécoises.

Tous ces indicateurs pointent dans la même direction : l'Université de Montréal avec ses écoles affiliées représente tout près de 30 % des fonds de recherche obtenus au Québec dans le cadre de concours ouverts à toutes les universités. Finalement, le budget de recherche de l'Université de Montréal représente plus de 30 % de son budget total (somme du budget de fonctionnement et du budget de recherche). Cet état de chose traduit la volonté institutionnelle de créer des masses critiques de chercheurs dans ses divers secteurs afin d'y atteindre l'excellence et de créer des lieux d'encadrement de haut niveau aux études supérieures.

Si la qualité des recherches qui se réalisent à l'Université est démontrée, la perte de près de 20 % de son corps professoral sur une très courte période l'a considérablement fragilisée : d'où la nécessité d'un soutien et d'un renforcement adéquats, sous peine de marginalisation rapide et irrémédiable. Ces mesures doivent favoriser la concentration des ressources autour des regroupements de chercheurs les plus performants dans le continuum menant des recherches les plus fondamentales aux plus appliquées, l'objectif étant de soutenir la créativité, qu'il s'agisse d'avancement des connaissances ou de contribution à l'innovation.

Compte tenu des ressources limitées du Québec et d'un impératif de résultat, la formation et le maintien de regroupements de recherche capables de faire face à la concurrence internationale ne seront possibles que si l'on favorise la concentration des activités selon des objectifs d'excellence. Dans cette perspective, une majoration substantielle des frais indirects de la recherche pour les subventions accréditées par le ministère de l'Éducation s'impose.

Un projet d'envergure : la Technopole sciences-génie

L'Université de Montréal axe son développement en recherche et aux études supérieures sur une concertation étroite avec ses écoles affiliées. Il convient en effet de mettre à profit la concentration exceptionnelle de talents et les remarquables environnements de recherche et de formation d'un tel complexe universitaire pour promouvoir l'avancement des connaissances, des technologies et le soutien à l'innovation au Québec.

Misant sur la complémentarité et la valeur exceptionnelle de leurs activités de recherche et de développement, l'Université de Montréal et l'École Polytechnique ont décidé, au début de 1999, d'unir leurs efforts et leurs moyens pour former sur leur campus un pôle scientifique et technologique de stature internationale.

La création de ce pôle, ouvert aussi bien aux sciences naturelles et au génie qu'aux sciences biomédicales et de la santé, et intégrant une certaine participation des sciences humaines et sociales, procède d'une double intention : favoriser, d'une part, la collaboration entre domaines connexes de recherche universitaire afin de permettre la poursuite de projets scientifiques et technologiques majeurs; planifier et poursuivre, d'autre part, des projets de recherche et de développement en partenariat avec des laboratoires gouvernementaux et privés. Une telle initiative constitue pour le Québec et pour Montréal un outil de développement exceptionnel et un avantage stratégique sur le plan économique.

La Technopole s'est donné pour mission :

  • de créer sur le campus, au cours des cinq prochaines années, une concentration scientifique et technologique de stature internationale;
  • de fournir aux étudiants des cycles supérieurs des lieux d'encadrement de qualité et d'envergure exceptionnelles;
  • de favoriser un transfert optimal des connaissances vers les utilisateurs et servir de foyer de convergence des activités scientifiques et technologiques de Montréal et du Québec, notamment par des partenariats avec les secteurs gouvernementaux et privés;
  • de contribuer au développement social et économique du Québec, et plus particulièrement de Montréal et de sa grande région, en servant d'agent de promotion des sciences et en stimulant la croissance des entreprises de haute technologie.

La mise en place de la Technopole se fait graduellement dans la foulée des grands projets de recherche en cours et se consolide au fur et à mesure que de nouveaux projets sont mis sur pied. Elle donne lieu à une utilisation optimale et concertée des grands programmes de financement actuels, dont ceux de la Fondation canadienne de l'innovation. La campagne de financement de l'an 2000 de l'Université de Montréal et de ses écoles affiliées sera l'occasion de proposer des projets structurants, dont près d'une trentaine de chaires de recherche associées à la Technopole.

La Technopole repose sur l'établissement de consortiums de recherche comprenant principalement des ingénieurs et des scientifiques rattachés à l'École Polytechnique et à l'Université de Montréal, mais pouvant s'étendre aux membres de la communauté universitaire nationale et internationale ainsi qu'aux chercheurs des organisations partenaires.

De tels consortiums se développent dans les domaines :

  • du multimédia, de l'informatique et des télécommunications;
  • des matériaux;
  • du vivant;
  • de la science des systèmes;
  • des procédés de fabrication, notamment appliqués aux secteurs de l'aéronautique et l'aérospatiale;
  • des technologies appliquées à l'environnement;
  • des technologies de formation et d'apprentissage appliquées aux sciences et au génie.

Les activités de la Technopole se développent dans le cadre de partenariats renouvelés ou nouveaux avec les organisations gouvernementales et privées. Elles devraient susciter des investissements en recherche et développement de l'ordre de 250 M$ au cours des cinq prochaines années.

Ce vaste projet implique une mobilisation exceptionnelle des ressources de l'Université de Montréal et de l'École Polytechnique en termes de professeurs-chercheurs, de clientèle étudiante, notamment aux cycles supérieurs, et d'infrastructures disponibles ou à développer. Il faut à l'Institution les moyens de relever ce défi d'envergure.

3. La norme québécoise de réinvestissement

En réinvestissant dans les universités québécoises, le gouvernement doit viser à rétablir leur pouvoir de concurrencer leurs homologues respectives à l'échelle nord-américaine. Telle est très nettement l'orientation stratégique qui a prévalu dans le refinancement des grandes universités de recherche canadiennes. Dans un contexte de globalisation et d'ouverture des marchés de la connaissance, celles-ci ont à se comparer à leurs homologues américaines, à poursuivre des objectifs similaires et à obtenir des moyens équivalents.

Un cadre général de référence nous est fourni à cet égard par les paramètres des types d'université selon la classification Carnegie. Les traits distinctifs de l'Université de Montréal la situent incontestablement dans le groupe " Research I ", notamment selon les indices de taille de l'institution, d'éventail des programmes à tous les cycles, d'intensité de la recherche, d'importance des formations professionnelles avancées et des études supérieures. Les données américaines, consignées au Tableau 1 et explicitées dans l'Annexe 1, nous révèlent dans le même temps les niveaux de dépense, les ratios d'encadrement des étudiants par professeur et les caractéristiques de la charge professorale qui prévalent dans ces grandes universités de recherche. Elles nous montrent en outre la remarquable différenciation de ces divers paramètres selon les types d'institution et les missions qui leur sont dévolues.

L'appartenance de l'Université de Montréal au groupe des grandes universités publiques de recherche et la qualité de ses réalisations ne sauraient masquer l'extrême fragilité de sa position actuelle et le décalage accéléré qu'elle subit selon tous les paramètres relatifs aux ressources que requerrait la poursuite de sa mission. Elle aura beau se transformer pour mieux répondre aux attentes légitimes de la société québécoise à son égard, la précarité de moyens dont elle souffre, s'est considérablement aggravée dans la période la plus récente et son avenir risque d'être définitivement compromis, et par voie de conséquence, celui de tout le système universitaire québécois, si rien n'est entrepris pour y remédier.

La difficulté d'atteindre les normes nord-américaines de ressources pour une université comme la nôtre apparaît nettement, si l'on fait intervenir les données de financement du " Peer Group " de l'Université de Toronto, constitué de grandes universités de recherche d'importance nationale, et si l'on y intègre les données équivalentes concernant l'Université de Montréal, comme le montre le Tableau 2.

L'Université de Toronto estime que son objectif d'être le pôle de concentration de l'excellence académique au Canada lui impose d'atteindre les normes de performance et de financement de ce Peer Group et elle s'emploie à obtenir que l'écart où elle se trouve par rapport à cette cible soit comblé par le rehaussement de ses activités et par un réinvestissement majeur. L'Université de Montréal avec ses écoles affiliées peut constituer au Québec un pôle analogue d'excellence. Son seul choix est donc, aujourd'hui, de se développer de façon à retrouver d'abord sa place au plan canadien, pour atteindre ensuite le niveau de performance de la ligue des comparables au plan nord-américain. C'est dans cette perspective que l'Université entreprend de se transformer pour mieux répondre aux besoins du Québec. Elle sollicite dans le même temps que le gouvernement soutienne cette transformation au moyen d'un réinvestissement majeur.

Le mode de réinvestissement que l'Université de Montréal propose au gouvernement consiste à augmenter, de façon récurrente, les revenus de subvention de l'Université au niveau requis pour que, selon sa mission spécifique au Québec et selon ses objectifs de développement et d'innovation, elle puisse rehausser ses activités et affronter la concurrence canadienne en assumant la position qui est la sienne : celle de principale université de recherche et de formation professionnelle de langue française. Un tel mode de réinvestissement peut d'ailleurs s'appliquer de façon différenciée aux autres universités québécoises sur la base d'une comparaison aux institutions canadiennes de même profil et selon les finalités et les normes propres au type d'université que chacune d'elles représente.

Ultérieurement, suivant l'évolution du contexte universitaire nord-américain et suivant son propre repositionnement après une première phase de mise à niveau, l'Université de Montréal pourra déterminer, avec l'appui du gouvernement, les stratégies requises pour se rapprocher du seuil critique de ressources des universités publiques de recherche d'importance similaire aux Etats-Unis.

4. L'Université de Montréal : le niveau de réinvestissement

Il convient de calculer le réinvestissement indispensable à l'Université de Montréal en se servant de la base de comparaison la plus pertinente au profil de l'Institution. Pour assurer sa position concurrentielle de principale université de recherche de langue française, essentielle au développement du Québec, l'Université de Montréal requiert des ressources comparables à celles de l'Université de Toronto comme leader universitaire dans l'ensemble canadien.

Le Tableau 3 qu'explicite l'Annexe 2, compare le niveau de dépenses par étudiant de l'Université de Montréal avec ses écoles affiliées et de l'Université de Toronto en 1997-1998. D'emblée, l'analyse révèle ici la comparabilité et la similarité de profil des deux institutions, notamment en termes d'importance des études supérieures et de la recherche. Dans le même temps, l'Université de Montréal assume un pourcentage plus élevé de programmes professionnels en santé, les plus coûteux de premier cycle. Notre ratio d'encadrement des étudiants par professeur est significativement moins avantageux (et l'on tiendra compte de sa nette dégradation depuis lors, suite à la diminution de notre corps professoral, la plus notable jamais survenue dans une grande université de recherche d'Amérique du Nord). Il est certes évident que nous sommes aussi nettement désavantagés en termes de dépenses de fiducie (et ce désavantage s'accentue si l'on considère le taux actuel de croissance du fonds de dotation de notre homologue).

En nous concentrant sur le rapport des dépenses de fonctionnement et de fiducie aux étudiants en équivalence plein temps pondérés, l'Université de Montréal avec ses écoles affiliées aurait eu besoin en 1997-1998 d'une injection additionnelle de fonds de 166 M$ pour atteindre un niveau de dépenses analogue à celui de l'Université de Toronto. Ce supplément aurait alors permis de hausser la dépense unitaire par étudiant en équivalence plein temps pondéré de 2 072 $, la faisant passer de 4 789 $ à 6 861 $.

Une étude d'indexation du manque à gagner de l'Université de Montréal avec ses écoles affiliées par rapport à l'Université de Toronto figurant en Annexe 3 nous permet d'inférer qu'en 1999-2000, l'écart de dépense unitaire par étudiant en équivalence plein temps pondéré atteindrait 2 858 $ : il faudrait donc hausser aujourd'hui cette dépense de 4 641 $ à 7 499 $ pour rejoindre l'Université de Toronto. Quant au manque à gagner total de l'Université de Montréal et de ses écoles affiliées, il s'établirait désormais à 243 M$.

Une autre étude portant sur le partage du manque à gagner à l'intérieur de l'ensemble formé de l'Université de Montréal et de ses écoles affiliées et figurant en Annexe 4, justifie la répartition : Université de Montréal 75 %; École des Hautes Études Commerciales et École Polytechnique 25 %. Pour l'Université de Montréal stricto sensu, le sous-financement par rapport à son homologue dans l'ensemble canadien qui était de 124,5 M$ en 1997-1998, atteindrait donc 182 M$ en 1999-2000.

On peut donc estimer qu'un réinvestissement minimal de la part du gouvernement en faveur de l'Université de Montréal sans ses écoles affiliées devrait consister en un rehaussement de la subvention accordée à l'Université de l'ordre de 180 M$ sur une base récurrente.

5. L'Université de Montréal refinancée

Compte tenu de son profil, l'Université de Montréal refinancée entend :

  • reconstruire et développer son corps professoral comme université de recherche majeure;
  • renforcer sa présence dans tous les grands secteurs disciplinaires et son caractère international;
  • intensifier ses activités de recherche et son implication aux études supérieures;
  • maintenir sa prépondérance en matière de programmes professionnels de haut niveau, en particulier dans son vaste secteur de la santé;
  • offrir des formations de premier cycle pertinentes, ouvertes sur le monde, enrichies par l'environnement de recherche;
  • se doter des moyens les plus modernes au service de l'enseignement et de la recherche;
  • reconfigurer son campus pour un meilleur fonctionnement de ses unités académiques et de ses services.

Le principal défi de l'Université de Montréal à l'aube du XXIe siècle est de se doter du corps professoral qui lui permettra de développer son potentiel de recherche en reconcentrant ses ressources, de former plus adéquatement des clientèles étudiantes en croissance à tous les cycles, d'assurer un encadrement de haute qualité dans ses programmes d'études supérieures, d'innover en matière de pratique d'enseignement. Non seulement l'Université, dont le corps professoral a subi une forte attrition durant la période de restriction budgétaire, devra-t-elle reconstituer ses forces, mais il lui faudra accroître ses effectifs en recrutant un nombre élevé de professeurs-chercheurs de calibre international. Elle devra le faire dans une période de vive concurrence entre les principales universités de recherche pour recruter et retenir les meilleurs candidats. Cette circonstance implique au premier chef une extrême exigence de qualité dans la constitution de la relève, car les formations que l'Institution offre à ses étudiants et les recherches qu'elle réalise pour l'avancement des connaissances et l'innovation ne peuvent valoir que par l'excellence des professeurs qui les assument. Elle implique en second lieu que l'Université soit en mesure d'offrir à cette relève des conditions et des environnements de travail, des milieux de recherche, des perspectives de carrière à la hauteur de ses attentes.

Afin de relever ce défi et de répondre aux attentes de la société québécoise à son égard, l'Université entend en outre se doter de l'ensemble des moyens de soutien qui lui permettront d'accomplir sa mission d'enseignement et de recherche conformément à son profil de grande université de recherche nord-américaine. Il s'agira notamment de ressources additionnelles pour:

  • les bourses aux étudiants;
  • la transformation des environnements d'enseignement et d'apprentissage;
  • la modernisation technologique et le développement des NTIC;
  • l'installation de nouveaux chercheurs et la mise à jour des infrastructures de recherche;
  • le redéploiement du personnel de soutien; le rehaussement des bibliothèques;
  • le renforcement des activités d'internationalisation;
  • la rénovation du patrimoine immobilier et la reconfiguration du campus.

Le Tableau 4 précise les cibles qu'impliquent ces objectifs de redressement. Les dépenses de fonctionnement et les dépenses d'immobilisation annualisées représenteraient un rehaussement de la subvention de l'Université de Montréal de l'ordre de 180 M$.

6. La formule de subvention gouvernementale révisée et ajustée

La formule de base

En fondant le réinvestissement dans ses universités sur l'ajustement de leur subventions respectives au niveau requis pour qu'elles puissent concurrencer leurs homologues au Canada et en Amérique du Nord, le gouvernement s'épargne l'élaboration d'une nouvelle formule et se donne l'avantage d'une révision de facto des bases historiques de financement. Et cette révision s'accomplit avec toute l'objectivité souhaitable. Il importera toutefois de rajuster périodiquement la subvention de base ainsi rehaussée selon l'évolution de nos comparables et selon notre propre performance dans la réalisation de nos objectifs institutionnels confirmés.

L'Université de Montréal propose, par ailleurs, des modalités d'ajustement marginal de la subvention qui tiennent compte annuellement de l'intensité de la recherche subventionnée, des variations d'effectif étudiant et d'éventuels indicateurs de performance.

Les frais indirects de la recherche

L'Université de Montréal recommande instamment que le gouvernement augmente de façon significative le paramètre de compensation des frais indirects de la recherche prévu aux règles actuelles de financement du ministère de l'Éducation. La formule que l'Université privilégie implique de passer de 15 % à 50 % des montants de subvention admissibles. Cette évolution est conforme à la tendance actuelle hors Québec et elle est de nature à favoriser l'intensification des activités de recherche subventionnée dans une institution comme la nôtre et à susciter des retombées bénéfiques pour la formation des étudiants, particulièrement aux cycles supérieurs. À titre indicatif, l'application de ces nouveaux paramètres hausserait l'ajustement de la subvention de l'Université de 9 M$ à 35,8 M$ pour 1999-2000. Récemment, le Council of Ontario Universities, se fondant sur une étude des tendances nord-américaines en la matière, recommandait au gouvernement de cette province de hausser la subvention aux universités à 50 % des montants admissibles, de façon à atteindre le niveau minimal de subvention à l'échelle nord-américaine (entre 50 % et 120 %).

Les variations de l'effectif étudiant

En complément de la stratégie de réinvestissement qu'elle recommande, l'Université de Montréal propose au gouvernement de simplifier et d'ajuster la formule de financement relative aux variations de clientèles étudiantes, de façon à mieux tenir compte du poids relatif des cycles d'études et des secteurs disciplinaires. La formule actuelle se révèle en effet inutilement complexe et inadéquate, si l'on considère le coût institutionnel nettement supérieur des études de deuxième et troisième cycles, et le fardeau qui s'alourdit constamment des programmes d'enseignement relevant de disciplines professionnelles ou scientifiques onéreuses. La plupart des systèmes comparables en Amérique du Nord reconnaissent une différenciation plus marquée entre cycles et entre secteurs pour fins de financement. L'Annexe 5 suggère des lignes directrices que l'Université estimerait raisonnables pour un ajustement des paramètres actuels de la formule québécoise.

Des indicateurs de performance

L'Université de Montréal est en outre favorable à l'intégration d'indicateurs de performance à la formule de calcul des subventions. Certains États, comme certains systèmes universitaires, y ont lié une part du financement (entre 1 % et 3,4 % aux États-Unis). Le positionnement des universités québécoises en regard d'institutions comparables dans l'ensemble nord-américain pourrait justifier la mise en ouvre collective de tels indicateurs, tant nationaux qu'internationaux. L'analyse des politiques et des pratiques de Performance Funding révèle trois tendances majeures : 1) les gouvernements et les universités privilégient de plus en plus les indicateurs de résultats et d'efficience des processus en lieu et place d'indicateurs d'input; 2) le choix des indicateurs fait l'objet de concertation entre les pouvoirs publics et les universités; 3) les principaux objectifs poursuivis sont : l'imputabilité, la réponse aux besoins de la société, la planification et la gestion stratégiques des institutions.

Compte tenu du rôle qu'elle entend jouer et des objectifs stratégiques qu'elles poursuit, l'Université de Montréal s'accorderait volontiers à un choix d'indicateurs relatifs, par exemple, à la persévérance et à la diplomation, aux ratios d'encadrement, à la charge professorale associée aux activités de tutoring et de recherche, et à l'intensité de la recherche.

7. Conclusion

L'Université de Montréal entend concentrer ses ressources autour de ses axes de spécificité et d'excellence et se développer en étroite synergie avec l'École Polytechnique et l'École des Hautes Études Commerciales. Elle vise ainsi à pleinement réaliser ce complexe universitaire de calibre mondial dont le Québec a besoin. Dans cette perspective, elle accroîtra ses partenariats avec d'autres universités québécoises, chaque fois qu'elle pourra de la sorte hausser la valeur de ses activités d'enseignement et de recherche. Soutenue dans ses objectifs de développement et adéquatement financée, l'Université de Montréal continuera de servir les intérêts de la société québécoise en assumant les défis de la concurrence nord-américaine et internationale. Le statu quo signifierait la régression de l'Université et, en raison de l'importance stratégique de l'Institution incluant ses écoles affiliées, une marginalisation accélérée de l'ensemble du système universitaire québécois. À très court terme, l'hypothèque sur l'avenir qui en résulterait pour le Québec se révélerait insurmontable. Le plan de refinancement que l'Université de Montréal soumet au gouvernement, vise donc à répondre aux aspirations de la société québécoise dans un contexte de repositionnement des universités et de différenciation de leurs rôles respectifs. L'Université de Montréal constitue avec ses écoles affiliées un vecteur essentiel de développement du Québec sur la scène mondiale. Elle sollicite donc du gouvernement qu'il lui accorde le réinvestissement indispensable et qu'il adapte ses formules de financement à une vision d'avenir concernant la principale université de recherche et de formation de langue française.