Fluctuations des clientèles dans le secteur de l'éducation

Mémoire déposé à la Commission de l’éducation

Coordination : Alexandre Chabot, Université de Montréal

Rédaction : Evelyne Abitbol, Concordia, Guy Berthiaume, Université de Montréal
Alexandre Chabot, Université de Montréal, Ginette Lamontagne, McGill, Denise Pelletier, UQAM, Lise Tremblay, Concordia

Septembre 2002

 

Introduction

Constats

Pistes de solutions

Conclusion

Annexe 1 : Répartition des candidats autorisés à s’inscrire
Annexe 2 : Montréal, ville universitaire en quelques chiffres

Introduction

Devant l’importance des enjeux soulevés par les fluctuations des clientèles dans le secteur de l’éducation, les quatre universités montréalaises ont choisi d’unir leurs voix afin de contribuer à la recherche de solutions viables permettant à tout le Québec de poursuivre son développement dans le contexte nouveau créé par la mise en place de la société de la connaissance.

Il faut d’emblée reconnaître que la décroissance démographique vécue par les régions du Québec est un réel problème auquel des solutions doivent être apportées. Les quatre universités montréalaises sont convaincues que le développement du Québec passe par le développement de l’ensemble de ses régions. De ce fait, le développement des régions dites éloignées ou régions ressources est la responsabilité de toutes les universités et toutes doivent concourir à la recherche de solutions. Dans le domaine de la formation et de la recherche universitaire, ces solutions doivent tenir compte des réalités nouvelles dictées par l’internationalisation du savoir. Pour demeurer compétitifs et assurer le maintien de leur qualité de vie, les États doivent créer des milieux de recherche capables de se mesurer aux standards internationaux les plus élevés, ce qui nécessite des investissements considérables. Aucun État, aussi riche soit-il, ne peut se permettre de faire l’économie d’une convergence des ressources, opérée dans le respect des missions respectives des institutions. C’est donc dire que l’appui aux universités situées en régions doit nécessairement aller de pair avec la pleine reconnaissance des responsabilités des établissements montréalais où se trouvent déployés deux tiers de l’activité de recherche et de formation universitaire du Québec.

Nous souhaitons soumettre aux membres de la Commission un certain nombre de constats qui nous apparaissent devoir être pris en compte. En toute déférence pour la Commission, nous identifions également quelques orientations que le gouvernement du Québec devrait éviter s’il souhaite faire face aux fluctuations de clientèles tout en poursuivant, pour le réseau universitaire, ses objectifs, sa quête d’innovation et la volonté de se mesurer aux standards internationaux les plus exigeants. Enfin, nous avançons quelques pistes de solutions qui méritent de faire l’objet d’une attention particulière.

Constats

Nuances sur les prévisions de clientèles

S'il est clair que la décroissance de la population affecte de façon inquiétante plusieurs régions du Québec, il importe d'examiner avec une certaine prudence les prévisions des fluctuations démographiques dans les universités du Québec présentées dans le document de consultation de la Commission. Rappelons que ces données prennent en compte les taux de participation des étudiants au niveau collégial ainsi que leur taux de passage à l'Université (en diminution importante), de même que les observations récentes de croissance (ou de décroissance) de chaque établissement. Elles demeurent néanmoins parcellaires en excluant plusieurs variables essentielles: en effet, si elles tiennent compte de certaines caractéristiques significatives comme la langue et la région, elles ne prennent toutefois pas en considération d'autres facteurs d'importance qui peuvent jouer dans l'évolution des populations universitaires, comme le pouvoir d'attraction de certaines disciplines ou programmes, ainsi que le comportement des étudiants.

Eu égard à ce dernier facteur, les réalités suivantes ne sont pas prises en compte : les retours multiples aux études, les cumuls de diplômes, l'allongement de la durée des études, les comportements distincts associés à l'éducation continue et l’envergure que celle-ci est appelée à prendre dans notre société. Le fait que les prévisions soient établies en termes d’EETC (étudiants équivalent temps complet) et non en termes d’«individus» a aussi son importance dans ce contexte. Du fait de ces limites, l’on ne saurait accorder aux projections qu'une valeur indicative, d'autant plus qu'elles sont établies sur une longue période. Il n'est sans doute pas inutile de rappeler que les baisses de clientèles que l’on attendait depuis 1985, sur la base de telles prévisions, n'ont été observées dans les faits que très récemment. En dix ans, beaucoup de choses peuvent se passer qui influenceront les choix des étudiantes et des étudiants.

Déjà, sur la base des données préliminaires de cet automne , on note une croissance du pourcentage des nouveaux inscrits à temps plein dans tous les établissements du réseau de l’Université du Québec. Si ces données – qui doivent aussi être utilisées avec prudence - sont confirmées un peu plus tard cet automne, elles démentiront peut-être les projections établies en 2000 par le Ministère, qui prévoyaient une décroissance des EETC dans la grande majorité des établissements du réseau de l’Université du Québec pour l’année 2002-2003.

La même prudence doit s'appliquer à l’égard de la répartition entre les établissements des prévisions de fluctuations démographiques. Les projections ont été établies sur la base des observations des trois dernières années (1996-1997 à 1998-1999). Cette façon de faire ne tient pas compte de nombreux facteurs comme le poids relatif des cycles ou l'évolution des programmes et doit donc aussi être reçue comme indicative.

Les fluctuations de clientèles universitaires à Montréal

S’il est vrai que la métropole possède un pouvoir d’attraction sur les clientèles étudiantes, il serait faux de prétendre que la décroissance des clientèles en région est principalement occasionnée par une variation des flux migratoires des régions vers Montréal.

Comme le démontre l’exemple de l’Université de Montréal (graphique 1), exemple qui peut être transposé aux trois autres universités montréalaises, le nombre des étudiants en provenance des régions du Québec qui choisissent de suivre leurs études universitaires à Montréal est relativement constant depuis dix ans. Les fluctuations de clientèles observées dans la région montréalaise ces dernières années s’expliquent essentiellement par une augmentation du nombre d’étudiants provenant de l’extérieur du Québec. Le pouvoir d’attraction de la métropole à l’égard des étudiants des régions du Québec n’est donc pas significativement plus important que par le passé. Comme le souligne le document de consultation de la Commission, la baisse, anticipée mais pas encore confirmée si on se fie aux données de l’automne 2002 évoquées plus haut, de l’effectif étudiant des régions du Québec est essentiellement attribuable à la démographie. Elle s’inscrit dans la problématique beaucoup plus large et complexe du vieillissement de la population et des pertes démographiques dans les régions du Québec.

Le pouvoir d’attraction de la métropole joue cependant beaucoup lorsqu’il s’agit d’attirer des étudiants de l’extérieur du Québec, précisément ceux qui, comme nous venons de le mentionner, assurent l’essentiel de la croissance de clientèle des universités montréalaises. Comme nous aurons l’occasion de l’expliquer subséquemment, cette capacité d’attraction des clientèles hors Québec nous apparaît être une piste de solution intéressante pour faire face aux baisses d’effectifs étudiants et, à moyen terme, pour doter le Québec et ses régions du capital humain nécessaire au développement social, économique, culturel et démocratique.

La clientèle des universités en région symptôme d’une problématique plus large

La problématique des fluctuations des clientèles dans les universités situées en régions doit être abordée dans la perspective beaucoup plus large du développement socio-économique de ces mêmes régions. Le problème appréhendé pour les universités n’est en fait qu’un symptôme des difficultés vécues par certaines régions du Québec. Comme nous venons de l’illustrer le déclin démographique des régions explique en bonne partie les fluctuations des clientèles. De plus, le pouvoir d’attraction des universités en région est souvent tributaire de la santé économique des régions où elles se trouvent. Cet effet de l’économie est illustré par une récente étude, commandée par le Conseil permanent de la jeunesse , selon laquelle 62% des Québécois ayant dû quitter leur région natale affirment qu’ils y retourneraient si les conditions d’emploi en région le leur permettaient.

On ne saurait solutionner de façon durable le problème des universités en région, sans trouver des solutions concrètes au développement de ces mêmes régions. Cette situation place les établissements universitaires dans un paradoxe. Elles sont un facteur important de développement tout en subissant les effets généraux du contexte démographique et du climat économique, social et culturel des régions.

Les universités montréalaises : moteur du réseau universitaire québécois

Pour l’année 2000, le budget de recherche des établissements universitaires montréalais, à l’exclusion des composantes de l’INRS présents dans la région métropolitaine, représentait plus de 514 millions $, soit 68 % du budget de la recherche universitaire du Québec . La situation n'est pas différente en matière de formation. En effet, en 1999-2000, les établissements montréalais accueillaient près de 63% de l'effectif étudiant en équivalence au temps plein (ETP) pour l’ensemble du Québec. Selon les dernières prévisions établies par le Ministère de l’Éducation du Québec, cette proportion devrait dépasser les 66% en 2014-2015 . Au 3e cycle ce sont plus de 70% des étudiants qui sont présentement formés par les universités montréalaises.

Une telle contribution n’est ni le fruit du hasard, ni un phénomène préoccupant. Elle illustre et confirme la possibilité et la nécessité, pour le Québec, de disposer de milieux de recherche ou de création de calibre international pour poursuivre son développement dans une société du savoir qui est de plus en plus mondialisée. Il ne s’agit pas de nier la capacité pour les universités en région de développer des créneaux d’excellence de calibre international mais bien de prendre acte du rôle de locomotive que jouent les universités montréalaises pour l’ensemble du Québec.

À ce sujet les exemples sont nombreux. Citons la concentration de chercheurs de renommée internationale qui a permis à Montréal de l’emporter sur les villes de Birmingham (Grande-Bretagne), La Haye (Pays-Bas) et Paris (France) pour l’obtention du siège social de l’Institut de statistique de l’UNESCO. Créé en 1999, l'Institut de statistique de l'UNESCO est le dépositaire pour les Nations Unies des statistiques mondiales dans les domaines de l'éducation, de la science, de la culture et de la communication. L'Institut a notamment pour mandat de développer et de diffuser des données récentes, fiables et pertinentes, en vue de favoriser des prises de décisions éclairées au niveau national. Cette présence de l’UNESCO à Montréal bénéficiera à plusieurs universités québécoises et fait du Québec le pôle de la statistique sociale sur la planète.

Il est intéressant de noter que l’on retrouve les quatre universités montréalaises dans le palmarès annuel du Canadian University R&D Directory Base, qui publie chaque année la liste des universités canadiennes les plus performantes en recherche et développement. L’Université de Montréal et l’Université McGill se situent en tête du peloton, juste dernière l’Université de Toronto; l’Université du Québec à Montréal et l’Université Concordia se retrouvent également dans la première moitié de ce groupe. Cette performance exceptionnelle au chapitre de la recherche est confirmée par une étude d’impact économique, publiée par McGill il y a quelques années, qui démontrait que Montréal se classait au tout premier rang de toutes les villes canadiennes quant à l’apport de fonds de recherche des agences subventionnaires fédérales.

L’Institut des sciences mathématiques (ISM) est un autre exemple du leadership qu’assume le milieu universitaire montréalais et des retombées qui s’ensuivent pour l’ensemble du Québec. Cet institut, fondé en 1991, a été créé par une mise en commun de groupes d'excellence dont les premiers provenaient des quatre universités montréalaises. Ce regroupement a permis de faire de Montréal un centre de recherche et de formation de premier plan en Amérique rivalisant avec les grands centres américains. L’Université de Sherbrooke et l’Université Laval se sont jointes par la suite à l’Institut. La formation de 3e cycle en mathématique offerte au Québec est reconnue internationalement grâce à cette collaboration interuniversitaire qui revêt aujourd'hui une configuration pan-québécoise.

Montréal ne se démarque pas seulement par son excellence en recherche et ses programmes de formation interuniversitaire, mais elle se classe également la première dans les 30 plus grandes villes d’Amérique du Nord pour son nombre d’étudiants per capita. En effet, selon une étude publiée par l’Université McGill en janvier 2000, Montréal, grâce à ses quatre universités, six écoles et instituts, compte 4,4 étudiants pour 100 habitants, dépassant les villes de Boston et de Denver qui se trouvent au 2e et au 3e rangs. Les villes de Vancouver et de Toronto se classent respectivement aux 9e et 10e rangs. Cet environnement enrichi est un facteur d’attraction pour de nombreux étudiants, qu’ils soient de Montréal, des régions ou de l’extérieur du Québec.

Rappel des besoins de financement des universités en croissance : les augmentations de clientèles et le renouvellement du corps professoral

Si les prévisions s’avèrent justes, les universités de Montréal devraient connaître une augmentation de leurs clientèles. Il est également possible que d’autres établissements déjouent les prévisions, ailleurs sur le territoire, comme on serait tenté de le croire à la lumière des données préliminaires pour l’automne 2002. La croissance pose des défis d’un autre ordre, non moins complexes que les défis qu’amène la décroissance. L’augmentation du nombre de professeurs, l’ajout de personnel dans les services, l’acquisition de matériel informatique pour les nouveaux étudiants, la nécessité de développer de nouveaux espaces sont autant de défis auxquels doivent faire face les établissements en croissance et singulièrement ceux de la métropole. Le gouvernement du Québec, dans sa politique de financement des universités, a d’ailleurs reconnu, pour soutenir les universités en croissance, la nécessité de financer 100% des variations d’effectifs plutôt que 58% comme c’était le cas auparavant. Cette modification répondait aux demandes répétées des universités québécoises qui réclamaient le financement au juste coût des augmentations de clientèles.

Les défis posés par la croissance et notamment la nécessité d’augmenter la taille du corps professoral demandent le maintien de cette mesure : un retour en arrière mettrait en cause le développement des universités en expansion.

Rappelons qu’à la suite des compressions budgétaires des années ’90 et du départ à la retraite de plusieurs professeurs, les universités doivent maintenant recruter intensivement pour redresser l’érosion de leur corps professoral. Les estimations fixent à plus de 30 000 le nombre de nouveaux professeurs que les universités canadiennes devront embaucher d’ici 2010, ce qui correspond grosso modo au total de toute la production de nouveaux docteurs pendant cette période. Or, il est clair que pendant les huit prochaines années le secteur privé et la fonction publique ne cesseront pas d’embaucher pour laisser toute la place aux universités. Si la diplomation ne s’accroît pas et si l’immigration ne comble pas une partie de nos besoins, une pénurie globale de 43000 diplômés de doctorat est prévue pour l’ensemble du Canada à l’horizon de 2010.

Les conséquences de la pénurie se font d’ailleurs déjà sentir. Il faut actuellement deux fois plus de temps qu’il y a trois ans pour combler un poste de professeur. Si cette problématique est le lot de tous les établissements universitaires québécois qui doivent renouveler leur corps professoral, elle est cependant plus aiguë là où les clientèles sont en croissance.

Cette situation exige un surcroît de ressources pour permettre à nos établissements de relever le défi de la formation de la main-d’œuvre hautement qualifiée. Ce ne sera cependant pas facile, car la compétition pour la main-d’œuvre est mondiale et les ressources à consacrer à la création de milieux de formation et de recherche de première classe sont impressionnantes. Ce défi invite à la concertation des établissements. Les universités montréalaises veulent renforcer la concertation de leurs efforts pour mieux assumer les responsabilités particulières qui leur incombent.

La problématique ailleurs au Canada

Même si le système d’enseignement supérieur présente beaucoup de similitudes dans toute l’Amérique du Nord, les approches sont différentes et il est sans doute utile de les analyser pour apporter des éléments de réflexion. Par exemple, au Canada, si l’on examine les systèmes en vigueur dans les trois provinces les plus prospères, l’on constate dans chacun de ceux-ci, des caractéristiques dignes d’intérêt pour les universités québécoises.

Colombie-Britannique

En Colombie-Britannique, on retrouve 27 établissements d’enseignement supérieur publics qui dispensent plus de 1 300 programmes couvrant tout un éventail de matières. Plusieurs des établissements sont dotés de campus périphériques, lesquels leur permettent de rejoindre plus de 100 collectivités. En 2000-01, il y avait 144 963 places subventionnées dans le secteur post-secondaire dont 61 969 au niveau universitaire.

La Colombie-Britannique compte des universités, des collèges universitaires, des collèges et des instituts. Voilà ce que chacun propose :

les universités dispensent des programmes sanctionnés par des diplômes de 1er, 2e et 3e cycles dans toute une diversité de disciplines. Plusieurs universités de la province offrent également des certificats et des diplômes dans certains domaines professionnels;

les collèges dispensent des cours et des programmes sanctionnés par des certificats, des diplômes et des diplômes connexes en études professionnelles, technologiques et théoriques (ils pourront bientôt offrir des diplômes de baccalauréat appliqué);

les collèges universitaires proposent des diplômes, souvent dans des disciplines spécialisées, dans plusieurs cas, les mêmes programmes sanctionnés par un certificat ou un diplôme que les collèges (ils pourront bientôt offrir des diplômes de maîtrise appliquée);

les instituts sont structurés en fonction des spécialités professionnelles et techniques qui couvrent toute une variété de professions. Ils offrent des titres qui vont de certificats à des diplômes.

La Colombie-Britannique a également un important système d’équivalences, ce qui veut dire que, dans bien des cas, les cours suivis dans un collège communautaire ou un collège universitaire peuvent être comptabilisés pour un diplôme universitaire. La formule de financement est la même à travers la province, sauf pour l’University of Northern British Columbia (UNBC), créée il y dix ans. Par décret, l’UNBC bénéficiait à sa création d’un financement supérieur de 35% à la moyenne provinciale ; ce financement est aujourd’hui supérieur de 20% à la moyenne. Cette formule reflète l’importance que la province accorde à l’accès à l’enseignement supérieur des populations autochtones.

Alberta

Les quatre universités de l’Alberta, notamment les deux universités de recherche médicale, et une autre qui fait du télé-enseignement, offrent la majorité des programmes de niveau universitaire dans la province. En 2000-2001, on dénombrait 70 000 étudiants équivalent temps complet (EETC) dans les programmes de niveau universitaire dispensés dans les universités, les collèges et les collèges universitaires privés. Cela englobe près de 8 000 EETC universitaires qui bénéficient des subventions versées aux collèges publics de l’Alberta. À l’exception de l’Université d’Athabasca, un peu plus de 85% des inscriptions se trouvent dans les établissements situés à Edmonton et à Calgary.

On compte également deux instituts techniques et seize collèges. Pour assurer le maximum d’accessibilité, les collèges n’offrent pas seulement des programmes d’acquisition de compétences mais aussi une partie d’un programme universitaire. En effet, le système de transfert de l’Alberta permet actuellement aux étudiants de sept collèges publics de suivre leurs cours de première et de deuxième années d’un grade universitaire, dans la filière collégiale avant de s’inscrire dans une université. Le Conseil albertain des admissions et des transferts élabore des politiques, des directives et des procédures pour assurer le passage en douceur entre les établissements d’enseignement supérieur de l’Alberta et les établissements situés dans les régions.

Grâce à une récente politique adoptée par le gouvernement (2002), Campus Alberta, on encourage davantage cette collaboration entre les universités et les collèges. Si les universités et les collèges souhaitent conclure une entente, les quatre années complètes d’un programme universitaire peuvent être suivies dans un collège. Il existe un certain nombre d’ententes de collaboration qui permettent aux étudiants de suivre leur programme sanctionné par un grade dans un collège, tout en recevant leur diplôme de l’Université qui subventionne le programme.

Bien qu’en règle générale, le gouvernement de l’Alberta privilégie l’accessibilité, la question de la pérennité est prise très au sérieux lorsqu’on adopte de nouveaux programmes. En 2002, une Commission financière (Financial Review Commission) a souligné l’importance de la viabilité des établissements régionaux . Étant donné que le coût par étudiant est généralement inférieur dans les établissements de plus grande taille grâce aux économies d’échelle, la viabilité des établissements de petite taille est remise en question et doit faire l’objet d’une attention particulière.

Un Examen du financement (Funding Review) réalisé par les membres de l’Assemblée législative en janvier 2001 a recommandé au gouvernement de l’Alberta de régler les iniquités du financement, en particulier dans les centres urbains qui ont connu une hausse appréciable de leur population et conséquemment des inscriptions universitaires depuis dix ans. Le gouvernement de l’Alberta, par de nombreuses politiques, reconnaît que le bien-être du système de l’Alberta dépend de la collaboration entre les établissements pour créer un système «en continu», plutôt qu’un système compétitif.

Dans un récent rapport, intitulé Recommendations of the Faculty Attraction and Retention Working Group, le gouvernement reconnaît toute l’importance de la collaboration pour promouvoir l’excellence, permettre à la province d’attirer ainsi que de retenir des professeurs-chercheurs et de rester concurrentielle dans l’économie du savoir.

Ontario

En 2001-2002, près de 370 000 étudiants (équivalent temps complet admissibles) étaient inscrits dans les établissements d’enseignement supérieur de l’Ontario. Selon les prévisions du ministère de la Formation, des Collèges et des Universités, il devrait y avoir environ 386 000 étudiants (équivalents temps complet admissibles) inscrits dans le système d’enseignement supérieur en 2002-2003.

Le système d’enseignement supérieur de l’Ontario connaît une croissance rapide, mais inégale. À l’heure actuelle, le système connaît des difficultés inhabituelles, car en 2003, les étudiants du nouveau programme secondaire de quatre ans obtiendront leur diplôme en même temps que les derniers diplômés de l’ancien régime secondaire d’une durée de cinq ans, ce qui provoquera l’arrivée d’une double cohorte à l’Université. Le ministère de la Formation, des Collèges et des Universités de l’Ontario estime que 97 000 étudiants de plus (équivalent temps complet admissibles) s’inscriront dans les collèges et universités de la province d’ici 2005-2006, soit une hausse de 27% par rapport à 2000-2001.

Les collèges communautaires de l’Ontario dispensent une formation axée sur les compétences et jouissent de droits limités en ce qui concerne l’octroi de diplômes, même si ce n’est pas à la même échelle qu’en Alberta et en Colombie-Britannique. À l’instar du système d’enseignement supérieur du Québec, l’Ontario offre des possibilités d’enseignement universitaire dans les régions éloignées grâce au grand nombre d’universités que l’on y trouve. De fait, aux 17 universités et quatre autres établissements qui décernent des diplômes, viendra s’ajouter une nouvelle université en 2003, le University Ontario Institute of Technology, situé à Oshawa. On prévoit une forte croissance de clientèle dans les centres urbains et une croissance soutenue dans les régions.

Le dossier de l’excellence revêt une importance cruciale pour les politiques gouvernementales de l’Ontario. Des centaines de millions de dollars octroyés par le biais du Fonds ontarien pour l’innovation et du Fonds ontarien d’encouragement à la recherche-développement sont destinés à assurer la qualité des recherches. Le gouvernement de l’Ontario tient à tout prix à maintenir un système de qualité supérieure pour être compétitif dans l’économie du savoir.

Constats

Quelques constats se dégagent de ce tour d’horizon canadien. En premier lieu, le Québec pourrait envisager, comme l’a fait la Colombie-Britannique par exemple, de soutenir des missions spécifiques en région grâce à des budgets particuliers. Deuxièmement, tous les collèges et universités du Québec gagneraient à s’inspirer du décloisonnement engagé par l’Alberta entre les deux ordres d’enseignement. Enfin, à l’exemple de l’Ontario et l’Alberta, le développement, dans chaque établissement, de créneaux d’excellence de calibre international, doit devenir le leitmotiv de tout le système d’enseignement supérieur.

Pistes de solutions

Tout en reconnaissant l’importance des enjeux posés par les perspectives démographiques et leurs effets sur les fluctuations des clientèles, les universités de la région de Montréal tiennent à rappeler à la Commission qu’un soutien aux universités en région qui se ferait au détriment des universités montréalaises, signifierait, en raison de l’importance stratégique de ces établissements, une marginalisation accélérée de l’ensemble du système universitaire québécois par rapport aux autres grands systèmes universitaires à travers le monde.

Il nous paraît par ailleurs essentiel de respecter la liberté des étudiants dans le choix des programmes et des établissements. Cela n'exclut évidemment pas de soutenir les missions spécifiques des établissements ni la possibilité de «donner un coup d'accélérateur» à certains secteurs où le Québec manque globalement de diplômés, comme il l'a fait au cours des dernières années en offrant des bourses spéciales en vue de stimuler l'intérêt pour les études en informatique.

Développer des créneaux d’excellence

De plus en plus, les universités sont appelées, par divers moyens, à préciser leurs choix de développement et leurs créneaux d'excellence. Elles sont aussi appelées à collaborer davantage en vue d'établir des masses critiques de chercheurs capables, non seulement de bien servir les intérêts de notre société, mais aussi d'être partie prenante à la compétition internationale croissante. Il est important de souligner ici le travail à la fois très structurant et respectueux de la responsabilité des établissements fait par le Ministère de la recherche, de la science et de la technologie et les agences subventionnaires relevant de lui à ce chapitre. Au cours des derniers mois, on a vu des liens très intéressants se tisser entre ce ministère et le Ministère de l’Éducation pour mieux situer les enjeux de développement respectifs des universités et pour ajuster les mesures de rendement à des objectifs différenciés. Une telle approche est à encourager car elle constitue une incitation positive à l'identification des créneaux d'excellence spécifiques à chacun des établissements ainsi qu'au maillage des forces.

Renforcer l'articulation des offres de formation

Nous croyons qu’en matière d'offre de formation, la question des études de premier cycle doit être traitée de façon distincte de celle des études supérieures. La préoccupation même de l'accessibilité incite à offrir la formation de premier cycle là où la demande est suffisante, sauf pour certains champs particulièrement onéreux, comme la médecine. Les études de cycles supérieurs, particulièrement celles de doctorat, étant plus étroitement arrimées au développement de la recherche, le réseautage de certaines formations s'avère un moyen souvent stimulant pour mieux servir des besoins spécifiques du Québec (par exemple, le doctorat réseau en éducation de l'Université du Québec) et de mieux s'imposer sur la scène internationale. De ce point de vue, les universités de Montréal ont déjà des collaborations bien établies et fort intéressantes, par exemple le doctorat en administration, qui réunit les quatre universités montréalaises et le doctorat en communication, conjoint entre les deux universités francophones et l'Université Concordia.

Certaines de ces collaborations permettent de conjuguer des forces montréalaises et des secteurs d'excellence en région. C'est notamment le cas dans le domaine de la foresterie, où l'UQAM et l'UQAT ont réussi ensemble à s'imposer au sein du réseau canadien de centres d'excellence en foresterie.

Accroître les partenariats

Comme nous l’avons mentionné plus haut, l’offre d’enseignement supérieur correspond à plus d’un modèle en Amérique du Nord. A titre d’exemple, mentionnons deux modèles canadiens : celui de la Colombie-Britannique et celui de l’Alberta. Tous deux présentent des similarités avec les pratiques québécoises, offrant des programmes post-secondaires en région afin de desservir une population étudiante qui n’est pas appelée à croître. Ces deux provinces ont développé des collaborations plus structurées entre collèges et universités. Le but, d’une part, est de favoriser l’accès au plus grand nombre d’étudiants et, d’autre part, de le faire en maintenant un coût de formation par étudiant qui soit rentable et durable.

Le University Transfer System de la Colombie-Britannique permet aux étudiants de prendre certains cours dans des collèges qui sont crédités à l’université. Les collèges universitaires peuvent offrir des diplômes universitaires et dans certains cas des programmes de maîtrise appliquée. Tout est mis en œuvre pour que les étudiants aient le meilleur accès possible aux études post-secondaires. Il est reconnu par ailleurs que lorsqu’il s’agit d’offrir des programmes aux études supérieures qui requièrent la rédaction d’un mémoire de maîtrise ou une thèse de doctorat seules les universités peuvent offrir une meilleure qualité de formation aux étudiants.

En vertu du programme Campus Alberta, les collèges albertains peuvent offrir la première et la deuxième année du premier cycle. Des ententes de collaboration existent entre les universités et les collèges pour permettre aux étudiants de terminer à l’université le programme entrepris dans un collège. De plus, le gouvernement encourage les partenariats entre les universités et les collèges qui veulent offrir sur place les quatre années de 1er cycle. L’Université d’Athabaska qui offre de la formation en ligne est un autre moyen pour les Albertains de compléter des programmes universitaires. Cette université sert de complément au réseau universitaire albertain. La philosophie du système albertain est de favoriser la collaboration pour promouvoir l’excellence afin que la province puisse continuer d’attirer les meilleurs chercheurs et de demeurer concurrentielle dans l’économie du savoir.

Il en va de même pour le système universitaire québécois. Il est clair que des choix éclairés devront guider le développement du réseau dans les prochaines années. Une réflexion en profondeur s’impose dans une optique de clarification des missions institutionnelles et d’optimisation des ressources. Les universités québécoises devront, dans la planification de leur développement, adapter les services à la clientèle « non-traditionnelles », analyser le potentiel de complémentarité des réseaux en place, voir à une meilleure articulation et à une utilisation optimale des ressources, s’assurer de l’intégration rapide des modes d’enseignement à distance, mais surtout garantir aux clientèles étudiantes des services éducatifs de qualité adaptés à leurs besoins de formation et qui se comparent favorablement à d’autres réseaux d’enseignement de taille semblable. Pour faire ces choix, les universités devront accélérer les processus de concertation de façon à permettre la reconnaissance et l’émergence de pôles d’attraction forts basés sur le principe de la spécificité et de la complémentarité des apports.

Si le Québec désire trouver des solutions durables aux problèmes des baisses de clientèles des universités en région, celles-ci devront prendre en compte l’ensemble de ses réseaux d’études post-secondaires. Une réflexion approfondie sur l’articulation entre les Cégeps et les universités situées en région devrait être amorcée en s’appuyant sur les ententes de partenariats Cégep/université déjà existantes. Les universités montréalaises ne pourraient que bénéficier des fruits d’une telle réflexion et en tirer les leçons qui s’imposent sur le plan d’une articulation accrue entre les deux ordres d’enseignement.

Attirer davantage d’étudiants de l’extérieur du Québec en région

Comme nous l’avons indiqué précédemment, l’augmentation du nombre d’étudiants provenant de l’extérieur du Québec est l’un des éléments qui expliquent la croissance des clientèles des universités montréalaises. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une panacée, la mise en place de mesures pour inciter des étudiants de l’extérieur du Québec à fréquenter les universités en région, représente une avenue qui devrait être explorée par la Commission. Il existe, en effet, de nombreux exemples en Amérique du nord où des universités en région attirent des étudiants étrangers. Les conditions de succès de ces universités, ailleurs au Canada et dans le monde, devraient faire l’objet d’une attention particulière.

Conclusion

Les prochaines années seront celles de la recherche et de l’innovation, à Montréal, comme partout dans le monde occidental. Toute l’évolution économique et sociale des dernières années témoigne, sans doute possible, de la place déterminante et sans cesse croissante qu’occupe le savoir dans le monde contemporain. Il s’agit là d’une tendance lourde qui ne fera que s’accentuer dans les années à venir.

Ce rôle primordial du savoir dans le développement économique et social, fait des universités un élément-clé du développement du Québec et de ses régions. Bien que la problématique des fluctuations de clientèles pour les universités en région est directement reliée aux difficultés socio-économiques de celles-ci, les établissements d'enseignement supérieurs sont indubitablement partie de la solution pour la croissance des régions. Dans la mesure où le gouvernement du Québec souhaite reconnaître aux établissements universitaires en région un rôle de moteur économique qui va au-delà de leur mission de formation et de recherche, ce rôle devrait faire l’objet d’un financement distinct provenant des ministères à vocation économique.

En moins de 10 ans, et tout juste à l’aube du XXIe siècle, Montréal est devenue un carrefour incontournable de la nouvelle société du savoir. Les ingrédients de ce succès : plus de 2 500 entreprises œuvrant dans les secteurs les plus stratégiques de la nouvelle économie, une main-d’œuvre remarquablement qualifiée et, plus fondamentalement, une vie universitaire d’une richesse incomparable en Amérique du Nord. Montréal constitue ainsi le moteur du développement et de l’innovation pour l’ensemble du Québec. Ce rôle de moteur, les universités montréalaises le jouent depuis de nombreuses années et elles ont la ferme intention de poursuivre dans cette voie en collaboration avec les universités en région.

Annexe 1 : Répartition des candidats autorisés à s’inscrire

Répartition des candidats autorisés à s’inscrire (Université de Montréal 1991-2001)

Annexe 2 : Montréal, ville universitaire en quelques chiffres

Au plan institutionnel

  • 10 établissements universitaires
  • 4 universités à vocation générale : Montréal, McGill, UQAM, Concordia
  • 6 écoles à mission spécifique : Poly, HEC, ÉTS, ÉNAP, TELUQ, INRS-IAF

Plusieurs organismes universitaires d’envergure internationale dont :

  • Agence universitaire de la Francophonie
  • Institut de la statistique de l’UNESCO
  • ORBICOM, secrétariat du Réseau international des chaires UNESCO en communication

Une vingtaine de cégeps et collèges participant à l’enseignement supérieur montréalais

Au plan des ressources

  • 5 000 professeurs-chercheurs dans les universités
  • 400 centres de recherche
  • Une moyenne annuelle de 344 M $ en subventions et contrats entre 1997 et 2000
  • Plus de 1 000 docteurs et près de 5 000 diplômés de maîtrise en 2000
  • 142 558 étudiants à l’automne 2001, dont 58,4 % de femmes
  • 20 000 étudiants encadrés aux 2e et 3e cycles dans des programmes d’études dont plusieurs offerts en collaboration

Un environnement favorable

  • Plus de 70 organisations internationales
  • 60 délégations étrangères
  • 80 centres financiers internationaux
  • Conditions d’accueil avantageuses aux chercheurs étrangers et aux entreprises internationales
  • Une qualité de vie unique en Amérique du Nord