Carnet du recteur

Des universités en récession

17 septembre 2014 10 h 03 | Financement

Pour ce billet, vous avez l’embarras du choix. Vous pouvez lire la lettre d’opinion que je signe aujourd’hui dans La Presse. Ou vous pouvez écouter l’entrevue radio que j’ai accordée ce matin à Paul Arcand sur les ondes du 98,5 FM.

 

Pendant la campagne électorale du printemps dernier, les recteurs et principaux d’universités québécoises avaient fait paraître dans les pages de ce journal un encart déplorant le peu de place accordé à l’enseignement supérieur dans le débat. Nous avions rappelé par la même occasion que les universités des autres provinces disposent en moyenne de 15 800 $ par année pour former un étudiant, alors qu’au Québec, les universités doivent se contenter de 10 850 $ pour accomplir la même mission. Un écart de 30 %!

Il faut croire que la tendance se maintient. Le gouvernement vient en effet d’annoncer de nouvelles coupes dans le réseau universitaire. Au total, la subvention versée aux établissements universitaires sera réduite de 10 %. En chiffre absolu, les universités recevront cette année moins d’argent de Québec que l’année précédente. Une première en plus de 15 ans !

Les économistes vous diront que techniquement, une récession se caractérise par une croissance négative de l’économie pendant deux trimestres. Nos universités, dont les activités s’étendent sur trois trimestres, seront donc en récession cette année.

Le plus inquiétant, c’est que cette diminution nette du financement public ne survient pas en contexte de décroissance de nos activités. Au contraire, elle se fait malgré une hausse attendue de l’effectif étudiant, malgré l’inflation des coûts de système, malgré un engouement réel pour l’enseignement supérieur, malgré des besoins croissants de travailleurs qualifiés dans le secteur public et privé.

Réduire les dépenses, surtout lorsque tout nous pousse à la croissance, n’est jamais agréable. L’État nous demande de souscrire à l’atteinte du déficit zéro et il est normal que les universités, comme tous les établissements publics et parapublics, participent à l’effort de rétablissement des finances publiques.

Mais cette approche ne va pas sans risque pour notre société. Le Québec commence à peine à se remettre de la cure minceur imposée au réseau de la santé par le gouvernement du Québec à la fin des années 90. Voulons-nous vraiment, collectivement, répéter des erreurs du même genre?

En éducation comme en culture, il faut des décennies avant de pouvoir observer les fissures sociales provoquées par le manque de ressources. Rien n’y paraît vraiment au début. On commence par réduire l’achat de livres – nos bibliothèques universitaires pourraient donner des conseils aux commissions scolaires sur l’art de réduire leur budget d’acquisitions –, puis on supprime des services de soutien à la réussite, enfin, on revoit à la baisse l’offre de programme. Et le jour où on touche aux programmes, on touche au cœur de la mission universitaire.

Abolir un poste d’historien de la littérature ou de chercheur en nanotechnologie ne fera pleurer personne. Et pourtant, à chaque fois qu’une société renonce à embaucher un professeur, elle renonce aussi à exposer des milliers étudiants aux enseignements de ce  professeur pendant sa carrière. C’est toute la biodiversité du savoir qu’on sacrifie.

Avant, nos universités étaient sous-financées en comparaison des établissements des autres provinces. Maintenant, elles sont sous-financées en comparaison des besoins de la société et des attentes que les Québécois placent  en elles. Et je ne suis pas certain que ce soit vraiment moins grave.

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