Allocutions et discours

Discours d’installation du 11e recteur de l’UdeM, Guy Breton

28 mai 2010

Seul le prononcé le fait foi.

Son Excellence la très honorable gouverneure générale du Canada,

Madame la Chancelière et Présidente du Conseil de l’Université de Montréal,

Monsieur le Cardinal,

Monsieur le Recteur,

Madame la Secrétaire générale,

Distingués invités,

Chers diplômés,

Pour nos nouveaux diplômés comme pour moi, c’est aujourd’hui un jour de transition. Et les jours où l’on passe d’un état à l’autre sont toujours les plus mémorables. Vous et moi, chers diplômés, nous souviendrons longtemps du 28 mai 2010.

C’est avec une profonde gratitude et un sincère sentiment d’engagement à l’endroit de la communauté universitaire que j’accepte le privilège qui m’est fait de devenir le 11e recteur de l’Université de Montréal, le 7e laïque.

Ce faisant, j’accepte aussi – et ce n’est pas sans un tremblement intérieur – de marcher dans les pas de mes illustres prédécesseurs, messieurs les Monseigneurs Gauthier, Piette, Maurault, Lussier et par la suite Messieurs Gaudry, Lacoste, Cloutier, Simard, Robert Lacroix et, bien entendu, Luc Vinet.

Je prends cette salle à témoin du serment que je fais de prolonger leur œuvre et de donner à notre société de nouveaux motifs d’aimer l’Université de Montréal pour ce qu’elle est : la première université du Québec et l’une des grandes universités du monde.

Je mesure toute l’importance de la mission qui m’est confiée en reconnaissant dans cette salle des représentants d’universités prestigieuses, qui me font aujourd’hui l’honneur de leur présence. Au nom de l’Université de Montréal, je leur adresse mes salutations et les remercie très sincèrement d’être des nôtres.

Madame la Gouverneure générale, l’Université de Montréal, votre alma mater, se fait une fête de vous compter parmi ses docteurs honorifiques. Merci pour chacun de ces mots prononcés tout à l’heure, ils sont une inspiration pour toute notre communauté universitaire.

Et j’ajoute : merci pour votre présence aux Assises sur la reconstruction de l’enseignement supérieur haïtien, qui se tenaient ici même, sur le campus, cette semaine. Notre université se reconnaît dans la volonté que vous avez exprimée à maintes reprises d’aider un peuple qui a subi aussi bien les tremblements de l’histoire que ceux de la terre.

On forme les personnes à devenir philosophe, musicien, architecte, médecin. Mais rien ne prépare vraiment à devenir recteur. Rien, sinon la fierté et la passion que l’on éprouve à servir, à servir une université, une communauté, une société.

Cette fierté, je l’ai ressentie tout à l’heure en signant le livre d’or de l’Université, témoin d’une aventure du savoir qui dure maintenant depuis 132 ans.

Cette fierté, je la ressens encore en présence de nos nouveaux professeurs émérites, qui ont tant fait pour l’Université, de nos professeurs qui ont reçu un prix d’enseignement et de nos nouveaux titulaires d’un doctorat honoris causa.

Cette fierté, je la ressens aussi, et avec une acuité particulière, en m’adressant aux étudiants que nous honorons du plus haut grade de la diplomation universitaire.

Chers diplômés, vous êtes d’une espèce rare. Pour 100 jeunes qui entrent à l’école primaire, trois seulement s’inscrivent au doctorat et un seul obtient comme vous son diplôme. C’est dire qu’il y a beaucoup d’appelés, mais surtout qu’il n’y a aucun élu, puisque votre présence dans cette salle doit tout à votre travail obstiné et à votre abnégation.

Il y a un parallèle à tracer entre la ténacité qui pousse l’Université à former les scientifiques de demain et la persévérance qui motive les doctorants à apporter une contribution au savoir de leur temps. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’un parcours du combattant. Et aujourd’hui, tous ensemble, nous pouvons légitimement crier victoire.

Vous êtes, chers diplômés, près de 450 qui vous apprêtez à vous affranchir de l’Université. Un sommet dans notre histoire.

L’Université a formé chacun de vous avec la conscience aiguë du rôle qui lui échoit, celui de façonner l’avenir.

Vous ne le savez peut-être pas, mais les deux tiers d’entre vous se destineront à une carrière hors du monde universitaire, dans la haute fonction publique, dans les laboratoires privés, dans les grandes entreprises. Nous vivons à une époque où les titulaires de doctorat ne sont plus voués exclusivement à des carrières universitaires.

On dit souvent qu’un bon maître a ce souci constant d’enseigner à se passer de lui. Les professeurs de l’Université de Montréal, de HEC Montréal et de l’École Polytechnique sont d’excellents maîtres, si l’on considère le nombre de docteurs dans cette salle.

À ces professeurs, je dis : vous avez peut-être appris à vos étudiants à se passer maintenant de vous, mais ils ne vous oublieront pas pour autant. Vous serez toujours leur professeur. Et cette université sera toujours leur alma mater.

Lorsque je pose un regard sur mon passé, je me rends compte que l’enseignement a toujours été au cœur de ma vie.

Je suis issu d’une famille d’enseignants. Ma mère enseignait le français, mon père les arts, mon frère le français et ma sœur l’anglais. Très jeune, j’ai appris que, si le monde est perfectible, c’est d’abord et avant tout par l’éducation. Et par les vertus séculaires de la transmission du savoir.

Avais-je le choix? J’ai moi aussi choisi l’enseignement. J’ai embrassé cette vie, je me suis même marié avec elle, pourrait-on dire, car mon épouse Andrée, enseignait les sciences infirmières. Cette vie était la meilleure pour moi. Les étudiants que j’ai encadrés, les cours que j’ai donnés, les recherches que j’ai faites me l’ont souvent confirmé par la suite. Et cette cérémonie me le confirme une nouvelle fois.

L’élan vers le savoir s’est manifesté chez toutes les personnes qui sont ici aujourd’hui. De différentes manières, le savoir a jalonné nos chemins. Chaque quête de la connaissance est aussi une quête de soi. C’est précisément ce que nous célébrons.

Et nous avons raison de célébrer en grand.

Cette cérémonie marque aussi la fin de mandat du recteur Vinet, un homme habité par une vision ambitieuse du développement de l’Université de Montréal et un scientifique réputé mondialement.

Chers diplômés, le diplôme que vous tenez entre vos mains est le dernier qui portera la signature de Luc Vinet.

Je veux pour ma part tout simplement le remercier de m’avoir permis d’œuvrer au bien de notre communauté universitaire avec mes talents, mes connaissances et mes expériences.

On me permettra, avant de conclure, de remercier certaines personnes de façon plus particulière :

  • mes parents, mon père ici présent;
  • ma fille Anne-Marie;
  • et, bien entendu, Andrée, mon épouse, ma muse, ma coach, ma critique et mon soutien;
  • mes amis, mes professeurs, mes collègues;
  • ceux qui nous ont précédés et qui ne sont plus là;
  • et, enfin, ceux qui m’ont fait confiance.

Merci, merci, merci.

La force première de notre université, ce sont les personnes qui la composent, c’est l’ensemble des idées et des valeurs que nous partageons. Nous nous le rappelons cet après-midi d’éloquente façon.

Vos idées pour l’enseignement supérieur, pour la recherche de nouveaux savoirs, je veux les connaître. Votre désir de contribuer à l’essor de notre établissement, je veux l’entendre.

Vous aurez chez moi une oreille attentive. L’avenir nous permettra de grandes réussites. Vos réussites personnelles seront aussi la réussite de votre alma mater.

À tous, je redis bravo, et à bientôt!